Zénobie

Reine de Palmyre

Complément d’histoire

PALMYRE FUT UNE CITÉ FLAMBOYANTE À L’IMAGE D’UNE FEMME DONT LE DESTIN A TRAVERSÉ L’HISTOIRE ET INSPIRÉ BIEN DES PEINTRES. ZÉNOBIE, LA BARBARE QUI FIT TREMBLER ROME.

Vêtue d’une tunique dont le drapé rayonne depuis l’or d’une fibule, la tête couverte d’un voile d’où perle l’éclat d’un diadème, les poignets ornés de lourds bracelets qui lancent un dernier scintillement et Zénobie disparaît, seule, dans l’ouverture du temple. Elle vient demander la protection de Bêl, le plus grand des dieux, celui qui a fait de Palmyre la plus belle des cités de la colonie syrienne de Rome. Un instant, ses yeux cherchent à s’adapter à l’obscurité qui règne dans la cella, où la présence divine est symbolisée par de hauts-reliefs. Demain, Zénobie lancera son armée sur l’Arabie, l’Égypte… Rome, peut-être. N’est-elle pas la veuve d’Odenath, roi des rois, ce titre que les Romains ne reconnaissent pas mais que son défunt époux a conquis à la faveur de ses victoires contre les rois perses? Zénobie se moque bien que l’Empire ne voit dans Palmyre que l’une de ses lointaines colonies de l’Est. Elle veut gagner pour son fils le titre d’empereur de Rome. Lorsqu’en 267 après J.-C., Zénobie arrive au pouvoir, Palmyre est une ville importante. Depuis trois siècles, l’oasis vit au rythme des caravanes. À mi-parcours entre les berges de l’Euphrate et la côte méditerranéenne, l’immense palmeraie, située dans la percée de Homs, est un passage facile entre le mont Liban et le Djebel Ansarié.

Les Palmyriens, nomades à l’origine, ont su très tôt tirer profit de cet avantage géographique, faisant de leur campement perdu au milieu du désert un formidable carrefour commercial où transitent le vin, le froment, la paille, les esclaves mais aussi des produits de luxe comme la myrrhe, l’encens et les pierres précieuses destinées aux marchés de la Méditerranée. Longtemps restée aux franges de l’Imperium Romanum, parfois pillée par les troupes romaines, comme elle le fut en 41 av J.-C. par celles de Marc-Antoine, la cité est intégrée à la province de Syrie autour des années 20 après J.-C. « Il ne faut pas imaginer pour autant un changement radical de l’aspect, ni même des institutions de la ville. Les Palmyriens étaient habitués depuis longtemps à s’administrer par eux-mêmes et Rome n’a jamais cherché à imposer son modèle d’organisation aux peuples soumis », écrivent Annie et Maurice Sartre dans Zénobie.

Lorsque Zénobie, après le mystérieux assassinat de son époux, prend le pouvoir, Palmyre est donc une ville déjà fortement romanisée. Les dignitaires de la ville portent des toges et les femmes adoptent des coiffures romaines. Le grand Arc au trois arches comme la colonnade qui borde la voie Decumanus répondent aux critères architecturaux gréco-romains.

Zénobie s’adressant à ses soldats vue par le peintre italien du XVIIIe Giambattista Tiepolo.

Mais les influences du Levant ne sont jamais loin. Ainsi l’architecture du petit temple du Dieu Baalshamin apparaît comme une synthèse des canons occidentaux et orientaux.

En ce troisième siècle, l’empire romain vacille sur ses bases. Des empereurs aux règnes fugaces se succèdent sans parvenir à assurer une véritable continuité de l’Etat. Aux frontières, les peuples « barbares » remettent en cause l’hégémonie romaine, obligeant les légions à se battre sur tous les fronts. Durant ces périodes troubles où les empereurs sont choisis parmi la cohorte des meilleurs soldats, le nouvel élu s’appelle Aurélien et il a fort à faire avec les Juthunges, les Suèves, les Sarmates, les Scythes ou les Vandales… Contrairement à ce qui est écrit dans le titre, Zénobie n’est pas reine, car Palmyre n’est pas un royaume, mais l’une des nombreuses colonies orientales de l’empire romain. Au temps où son époux était maître de la cité, l’un de ses rôles était de contenir les ambitions territoriales des Perses. Mais Zénobie pousse plus loin ses ambitions. Elle veut que son fils revête le manteau de pourpre des empereurs et pour cela, elle doit se montrer conquérante.

Avec la protection de Bêl, elle envoie ses armées marcher sur l’Arabie romaine, puis parvient à mettre la main sur l’Egypte et le formidable grenier à grains qu’elle représente pour les Romains. Elle jette enfin son dévolu sur l’Asie mineure, où elle ne rencontre aucune véritable résistance. Désormais, depuis la vallée du Nil jusqu’aux rives du Bosphore, une bonne partie de l’Orient romain lui obéit. Celle qui ne fut jamais reine et qui se rêve à l’égale de Cléopâtre s’auto-proclame, en 271, Augusta et titre son fils d’Auguste. C’en est trop pour Aurélien qui lui seul  veut revendiquer le titre d’empereur!

Face à la puissance des légions, les armées de Zénobie et leurs alliés ne peuvent que reculer jusqu’aux portes de Palmyre où l’on élève, à la hâte, un inutile rempart. Zénobie fuyant vers la Perse est capturée. Pour contrer la révolte des Palmyriens, Aurélien ordonne la destruction d’une partie de la cité.

Zénobie face à l’empereur Aurélien vue par le peintre italien du XVIIIe, Giambattista Tiepolo.

« Il y avait trois chars royaux : le premier celui d’Odenath, était d’un beau travail et réhaussé d’argent, d’or et de pierreries ; le second, que le roi des Perses avait offert à Aurélien, était de facture tout aussi ouvragée; le troisième était celui que Zénobie s’était fait fabriquer avec l’espoir de l’utiliser pour voir la ville de Rome. Cet espoir ne fut pas déçu puisqu’elle fit bien son entrée dans la ville, mais vaincue et traînée en triomphe. ( …) Elle était d’abord parée de pierreries si énormes qu’elle croulait sous le poids de ses joyaux. Elle dut en effet, dit-on, s’arrêter très fréquemment, en dépit de son énergie, en se plaignant de ne pouvoir supporter le fardeau de ses pierreries. Elle avait d’autre part des entraves d’or aux pieds ainsi que des chaînes d’or aux mains; même son cou était ceint d’un lien d’or que soutenait un bouffon perse » écrit, non sans romanesque, l’auteur anonyme de l’Histoire Auguste au IVe siècle. L’Histoire a alors perdu la trace de Zénobie mais l’aventure de Palmyre continue. Après avoir été une garnison romaine, elle devient dès le quatrième siècle le siège de l’évêque de Palmyre. 

Les temples de Baalshamin et de Bêl vont longtemps arborer les vestiges de fresques murales représentant la Vierge assise avec l’Enfant divin sur les genoux. Après la conquête islamique, l’ensemble du sanctuaire de Bêl devient une forteresse et la cella une mosquée. Dernière construction monumentale, un château est édifié au XVIIe au nord-ouest de la cité par un émir désireux d’affirmer sa puissance ; les rares habitants de la palmeraie se regroupent dans l’enceinte du sanctuaire de Bêl. Au cours des siècles suivants, les archéologues puis les touristes découvrent, émerveillés, les ruines de ce glorieux passé qui fait la fierté des Syriens.

Durant l’année 2015, l’État islamique a détruit  les temples de Bêl et de Baalshamin et l’Arc monumental. L’ancien directeur des Antiquités de la ville, Khaled al-Assad, a été décapité. En hommage à la reine rebelle, il avait donné le nom de Zenobia à l’une de ses filles.

UN LIVRE, UNE VOIX

Histoire Auguste, Auteur anonyme.

Un extrait de 3 mn lu par le comédien Jean-Paul Bordes 

« S’ils savaient quelle femme est Zénobie; quelle est sa prudence dans le conseil, sa constance dans l’exécution, sa fermeté envers ses soldats, sa libéralité dans l’occasion, sa sévérité lorsqu’elle est nécessaire… »

Zénobie retrouvée mourante, tableau d’Adolphe Bouguereau, 1850. 

Zénobie captive par le peintre britannique du XIXe, Edward Poynter.

ZÉNOBIE SE DÉVOILE...

Palmyre de Christian Delplace aux Éditions CNRS. Un ouvrage richement illustré sur l’histoire de la cité.

Palmyre, vérités et légendes et Zénobie, deux ouvrages publiés aux  Éditions Perrin par Maurice Sartre et Annie Sartre-Fauriot qui vous plongeront dans la réalité de ce que fut la grande cité du désert. Tous deux professeurs d’histoire ancienne et spécialistes de la région, ils font revivre les grandes heures de la Perle du désert.

ZÉNOBIE, Figure rebelle de l'art

Plusieurs peintres néoclassiques du XIXe siècle se sont emparés de l’image de la reine rebelle. De même quelques opéras réécrivent sa légende : Zenobia (1694) de Tomaso Albinoni,  Zenobia in Palmira (1789) de Pasquale Anfossi,  Zenobia in Palmira (1790) de Giovani Paisiello, Aureliano in Palmira  (1813) de Gioachina Rossini et Zenobia (2007) de Mansour Rahbani.

L’artiste Franco-Syrien Rohan Houssein, invité à l’Université de Malmö en Suède en 2013, réalise la toile Zenobia is crying, pour l’exposition Syrian Art for Peace. La peinture représente la Syrie, incarnée par la féminité de la reine, en détresse face à l’ignominie de la guerre.

Dans Sous le signe de Rome le rôle de Zénobie est jouée par la très blonde Anita Ekberg. Ce péplum Italo-franco-germano-yougoslave daté de 1958 est réalisé par Guido Brignone. Le film raconte la lutte de Zénobie contre Rome et ses amours tumultueuses avec Marcus Valerius (Georges Marschal), consul romain partagé entre son devoir envers l’empire et son attirance pour la belle barbare… 

 

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