EGYPTE

Toutankhamon, un fantôme surgi du passé

Complément d’histoire

SI LE MYSTERE ENTOURE ENCORE L’HISTOIRE DU PHARAON TOUTANKHAMON, MALGRÉ SA CÉLÉBRITÉ INTERNATIONALE, C’EST PARCE QUE SON RÈGNE DURA MOINS DE DIX ANS. MAIS AUSSI ET SURTOUT PARCE QUE SES TRACES ONT ÉTÉ SOIGNEUSEMENT EFFACÉES PAR SES SUCCESSEURS. UNE ENQUÊTE ARCHÉOLOGIQUE. 

Jamais la vie d’un pharaon n’a été autant étudiée et débattue que celle de Toutankhamon depuis la découverte de sa tombe intacte avec tous ses trésors en 1922, par l’archéologue Howard Carter, dans la Vallée des Rois. Alors pourquoi a-t’on le sentiment que le mystère entoure encore ce jeune roi de la XVIIIe dynastie, qui fit un passage-éclair sur le trône d’Egypte au XIVe siècle avant JC ? La célébrité tardive de Toutankhamon nous a rendus avides de savoir. La brièveté de son règne, la nature souvent peu explicite des sources, les troubles qui secouaient l’Egypte rendent la tâche complexe aux archéologues. Mais pas seulement… Car Toutankhamon a bel et bien été rayé de l’histoire de l’Egypte antique. Par qui, comment et dans quel but ?

Les plus récents travaux des égyptologues le disent: quand Toutankhamon, né Toutankhaton, fils d’Akhénaton, petit-fils d’Aménophis III, disparaît en 1326 avant JC, il est âgé de 18 ans au plus. Couronné trois ans après la mort de son père, encore jeune enfant, il a donc occupé le trône d’Egypte moins de dix ans. Et encore son jeune âge laisse présumer que ses dignitaires exercèrent le pouvoir en son nom. 

C’est là que l’enquête se corse… Car à l’exception de son somptueux tombeau, Toutankhamon n’a pas laissé de traces de son passage. Ses cartouches ont disparu, son nom n’est mentionné nulle part dans la liste officielle des rois d’Egypte… Pour retracer son parcours, il a fallu des années d’enquête archéologique, qui permettent d’y voir plus clair aujourd’hui. « A la cour de Toutankhamon, explique l’égyptologue Andreas Stauder, directeur d’études à l’EPHE (Ecole Pratique des Hautes Etudes), on trouve deux personnages déjà présents dans les plus hautes sphères de l’Etat auprès de son père Akhénaton, le pharaon qui renversa le culte du dieu Amon : il s’agit du Père Divin Aÿ, grand scribe royal, désigné mentor du jeune héritier, et du général Horemheb, qui s’illustra par ses campagnes militaires contre les Hittites en Asie ». Sans être de lignée royale, ces deux hommes se sont maintenus au plus près du pouvoir après la disparition d’Akhénaton, l’abandon de sa capitale, le retour à Thèbes et la restauration du culte d’Amon par Toutankhamon. A la mort de l’adolescent, le scribe royal Aÿ, déjà âgé, monte pour quatre ans sur le trône d’Egypte. 

Statue en bois du pharaon Toutankhamon coiffé de la couronne blanche, retrouvée en 1922 dans son tombeau de la Vallée des Rois (Règne de Toutankhamon 1336-1326 av. JC. Grand musée égyptien).  

Manière d’affirmer son autorité ? C’est lui qui enterre la dépouille de Toutankhamon et procède à la cérémonie mythique de l’ouverture de la bouche et des yeux, en endossant le rôle d’Horus par rapport à Osiris, selon la coutume des princes héritiers succédant à leur père. C’est encore lui qui fait bâtir le temple mémorial au défunt, connu sous le nom de « Maison de Nebkheperure », dans le complexe religieux de Karnak, au nord de Thèbes. « A cette époque, reprend Andréas Stauder, nulle trace de spoliation vis à vis de Toutankhamon ». Mais en maintenant par sa présence le général Horemheb à distance du trône d’Egypte, Aÿ s’est attiré sa haine farouche. Et il a influencé de manière involontaire le destin posthume de Toutankhamon.  

En 1339 av. JC, à la mort de Aÿ, le général est à son tour couronné pharaon. Il s’impose alors comme le chef du royaume, celui qui a ramené le calme aux frontières d’Asie et rétabli les tributs des peuples voisins à l’Egypte. Sa magnifique tombe-chapelle, redécouverte en 1975 sur le plateau de Saqqarah, témoigne de sa puissance à l’époque… Mais aussi compétent se présente-t-il, Horemheb ne peut prétendre à aucun ascendant royal.

Pour asseoir sa légitimité et rassurer le clergé d’Amon, il doit marquer sa différence avec ses prédécesseurs, soupçonnés de collusion avec le culte d’Aton : le scribe-pharaon Aÿ, qui l’a maintenu à l’écart du pouvoir, le pharaon hérétique Akhénaton et par ricochet son fils Toutankhamon, qui a pourtant initié le retour au culte d’Amon. S’engage alors un processus de destruction ou de réappropriation, d’autant plus difficile à dater pour les archéologues qu’il va s’étaler sur plusieurs décennies, sous le règne d’Horemheb et de ses successeurs. Ce processus apparaît particulièrement bien à Karnak, qu’Horemheb a contribué à agrandir. Pour alimenter en matériaux ses nouvelles constructions, le nouveau pharaon ordonne la destruction du temple d’Aton bâti sous Akhénaton à l’est de Karnak et devenu bien gênant. Partout où figure le nom de Aÿ, il l’oblitère. « C’est le cas notamment sur le temple mémorial à Toutankhamon, note Andréas Stauder. Les pierres de ce temple, ensuite démonté, seront plus tard réintégrées dans la maçonnerie du deuxième pylône, une des portes monumentales bâties sous Horemheb ; là, les archéologues ont retrouvé des cartouches de Toutankhamon, intacts et d’autres de Aÿ, mutilés ».

Eventail dit « de la chasse à l’autruche » en bois doré. L’inscription sur la hampe indiquait que Toutankhamon chassait l’autruche dans le désert près d’Héliopolis et que les plumes proviennent d’une de ses proies (Règne de Toutankhamon 133§-1326 av. JC- Grand musée égyptien). 

Vis à vis de Toutankhamon, le général-pharaon procède de manière plus ambivalente. Sa spoliation la plus symbolique concerne la grande Stèle de la Restauration, retrouvée dans la salle hypostyle de Karnak et conservée au musée du Caire. C’est sur cette stèle que l’enfant-roi avait proclamé le rétablissement du culte d’Amon en Egypte, à son retour à Thèbes, en l’an I de son règne. S’en réappropriant la paternité, Horemheb y a fait inscrire ses cartouches en place de ceux de Toutankhamon, sans cependant altérer toute sa titulature. De la même manière, d’autres monuments sont repris à son compte, notamment la grande colonnade du temple de Louxor, entamée par Aménophis III et achevée pour l’essentiel par son petit-fils Toutankhamon, ainsi que des sanctuaires semés dans tout le royaume d’Egypte, comme le temple nubien de Kawa, entre la troisième et la quatrième cataracte. Pour autant, quand le tombeau de Toutankhamon subit une tentative avortée de pillage dans la Vallée des Rois, Horemheb n’en profite pas pour le vider ou en effacer les décors, il ordonne simplement de le faire refermer discrètement…

En contresignant les œuvres de l’enfant-roi, l’habile général se présente en unique restaurateur du culte d’Amon. Il éclipse surtout le souvenir des trois souverains qui l’ont précédé pour se poser en héritier direct du dernier pharaon « orthodoxe » de la XVIIIe dynastie, Aménophis III. Une stratégie que suivra fidèlement le successeur qu’Horemheb désigne à la fin de son règne, son fidèle vizir du Nord Pa-Ramessou, d’origine non-royale comme lui, issu des rangs de l’armée comme lui : le futur pharaon Ramsès I. « Sous la XIXe dynastie, les premiers rois ramessides semblent d’ailleurs avoir continué à graver les cartouches d’Horemheb en place de ceux de Toutankhamon. La liste royale d’Abydos, qui fait se suivre directement les règnes d’Aménophis III, d’Horemheb puis des premiers rois ramessides participe de cette réécriture de l’histoire. Elle crée une continuité fictive, légitimant la famille ramesside elle-même, dans une démarche éminemment politique », conclut Andréas Stauder. Avec la découverte du tombeau de Toutankhamon, en 1922 dans la Vallée des Rois, l’archéologue Howard Carter a donc bel et bien ranimé un fantôme…

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Collier ousekh en or représenant un faucon aux ailes déployées (Règne de Toutakhamon 1336-1326 av. JC-Grand musée égyptien)

Bouclier en bois doré montrant Toutankhamon mettant des lions à mort (Règne de Toutankhamon 1336-1326 av. JC-Grand musée égyptien).

Ce faucon en bois doré coiffé d’un disque solaire était monté sur un char retrouvé dans le tombeau de Toutankhamon (Grand musée égyptien).

TOUTANKHAMON, ON A ADORÉ l'EXPO !

“Lorsque mes yeux s’habituèrent à la lumière, les détails de la pièce émergèrent lentement de la pénombre, des animaux étranges, des statues et de l’or, partout le scintillement de l’or.” Howard Carter

Le 4 novembre 1922, l’archéologue britannique Howard Carter fait une découverte extraordinaire dans la Vallée des Rois : le tombeau de Toutânkhamon, pharaon de la XVIIIe dynastie égyptienne, au 14e siècle avant JC. Jusqu’au 15 septembre 2019, l’exposition Toutânkhamon, le Trésor du Pharaon célèbre le centenaire de la découverte du tombeau royal à la Grande Halle de la Villette : une occasion unique d’admirer plus de 150 pièces maîtresses, dont 50 voyagent pour la première fois hors d’Égypte.

On est allés la découvrir et la photographier pour vous, avant qu’elle ne s’envole définitivement au Grand Musée égyptien, actuellement en construction au Caire sur le plateau de Gizeh.

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