L’entretien

Sophie Boutinet

« Les voyages m’ont ramenée vers mes Charentes natales »

Viticultrice et amoureuse des vieilles pierres, Sophie Boutinet a bourlingué de la Californie à l’Australie avant d’établir son port d’attache à St-Bris-des-Bois, un petit village saintongeais, en Charente-Maritime. Elle nous ouvre les portes du Logis de l’Astrée, la demeure familiale du XVIIe siècle à laquelle elle a redonné vie.

BIO EXPRESS

Octobre 1966 : Naissance à Saintes.

1987-1990 : Etudes d’ingénieur agronome à l’INA Paris-Grignon (Agro Paris Tech), spécialisation en viticulture-oenologie à l’Ecole supérieure d’oenologie Montpellier (AgroSup).

1993-1999 : Chargée du développement de l’oenotourisme dans le groupe de producteurs Plaimont aux Caves de St-Mont, dans le Gers. Naissance des 3 enfants, Hugo, Timothée, Séraphin.

2000 : Lancement des travaux de restauration au Logis de l’Astrée,  plantation du vignoble en vin de pays charentais à St-Bris-des-Bois (Charente Maritime).

2002 : Premières vendanges et ouverture des chambres d’hôtes au Logis de l’Astrée, puis de deux gîtes. Adhésion au réseau Bienvenue au château et au label Vignobles et Découvertes.

2012-2013 : Master Droit et gestion des spiritueux, Master commerce international à Segonzac/Université de Poitiers.

2015 : Reprise du vignoble familial en production Cognac à Bréville (Charente).

BIO EXPRESS

Octobre 1966 : Naissance à Saintes (17).

1987-1990 : Etudes d’ingénieur agronome à l’INA Paris-Grignon (Agro Paris Tech), spécialisation en viticulture-oenologie à l’Ecole supérieure d’oenologie Montpellier (AgroSup).

1993-1999 : Chargée du développement de l’oenotourisme dans le groupe de producteurs Plaimont aux Caves de St-Mont, dans le Gers. Naissance des 3 enfants, Hugo, Timothée, Séraphin.

2000 : Lancement des travaux de restauration au Logis de l’Astrée,  plantation du vignoble en vin de pays charentais à St-Bris-des-Bois (Charente-Maritime).

2002 : Premières vendanges et ouverture des chambres d’hôtes au Logis de l’Astrée, puis de deux gîtes. Adhésion au réseau Bienvenue au château et au label Vignobles et Découvertes.

2012-2013 : Master Droit et gestion des spiritueux, Master commerce international à Segonzac/Université de Poitiers.

2015 : Reprise du vignoble familial en production Cognac à Bréville (Charente).

« Le trajet en bus entre St-Jean d’Angély et Matha, en Charente-Maritime… J’avais 8 ans, mes parents venaient de se séparer et jusqu’à mon adolescence, un week-end sur deux,  j’ai fait l’aller-retour entre leurs lieux de vie respectifs. A St-Jean d’Angély, où ma mère travaillait dans une société d’assurances, on vivait mes frères et moi dans une résidence des années 1970, au milieu d’un grand parc. Il y avait là une bonne dizaine de gamins du même âge que nous et on passait notre temps sur les bords de la rivière Boutonne, à faire des cabanes, à pêcher des anguilles. A Bréville, près de Matha, mon père dirigeait une propriété viticole en production Cognac. Je le suivais dans les vignes et au chais, je faisais du vélo sur les petits chemins, je peignais, j’écrivais des histoires… Une enfance charentaise paisible, en somme. Pourtant, l’idée du voyage était déjà très présente dans ma tête : tout jeune, mon père avait embarqué sur le paquebot France jusqu’à New York, pour aller travailler quelque temps aux Etats Unis. Et quand il me racontait ses aventures, tout me paraissait possible! »

« Disons que le milieu dans lequel j’ai grandi a facilité les choses. Mais un lieu en particulier a compté dans mon parcours. Quand j’étais gamine et jusqu’à mon adolescence, mon père nous emmenait parfois avec mes frères au Logis de St-Bris-des-Bois, en Charente-Maritime, un ancien corps de ferme en ruines, envahi par les ronces et entouré de champs de maïs, qui était resté propriété de la famille. Parfois, on restait y camper quelques jours. J’adorais cet endroit, même si je ne connaissais encore rien de son histoire et que je ne savais pas que je viendrai un jour m’y installer. C’est ici-même, vers l’âge de 15 ans, que j’ai décidé de devenir conseillère agricole, en entendant mon père discuter avec un de ses métayers. Sur le coup, ce métier m’avait paru idéal. En fait, mes parents m’ont vite réorientée vers des études d’ingénieur agronome, plus prestigieuses à leurs yeux. J’étais plutôt bonne élève. Alors après le bac, j’ai enchaîné la prépa bio/math sup à Bordeaux, l’INA (Institut National d’Agronomie) à Paris-Grignon puis une spécialité en viticulture et oenologie à Montpellier. Nous étions 22 élèves, de 11 nationalités différentes. Cette dernière année de formation m’a offert un partage d’expériences et des amis dans le monde du vin aux quatre coins de la planète.»

« Oui, je voulais voir du pays, j’avais soif d’expériences! J’ai d’abord mis le cap sur l’abbaye trappiste de Latroun, près de Jérusalem, en Israël, un endroit très réputé pour son vin…  J’étais encore une petite Française qui ignorait tout du monde, de la politique. Là-bas, j’ai découvert d’autres traditions viticoles, le poids des interdits religieux pour une femme, un pays en guerre, aussi. On était en 1989 et voir des tanks circuler sur les routes ou des gens aller à la plage avec des mitraillettes a été un choc physique pour moi. L’année suivante, je suis partie dans la région de Sonoma Valley,  à une heure au nord de San Francisco, en Californie. Je vivais dans une famille américaine, sur une propriété bordée de vignobles à perte de vue. Tout était immense, des paysages aux caves, et j’ai appris de nouvelles techniques de vinification, avec des process millimétrés, des contrôles sur la maturation du vin… Avec mon compagnon, qui est devenu ensuite le père de mes enfants, j’ai aussi découvert l’Australie en mode backpackers, et particulièrement l’état de Victoria, au sud est du pays. Je garde un vif souvenir des vins de la région de Melbourne, à la fois pleins de soleil et légèrement mentholés, à cause des forêts d’eucalyptus qui poussent autour des vignes.».

« À mon retour en France, j’avais envie de me poser, de gagner ma vie. Je me suis mariée, j’ai eu trois enfants, Hugo, Timothée et Séraphin, et j’ai trouvé un travail  dans les vignobles de Madiran et des Côtes de Saint Mont en Gascogne.  J’étais chargée de mettre en place l’accueil du public par les vignerons aux Caves de Plaimont (un acronyme formé avec les noms des villages de Plaisance, Aignan et St Mont). C’était un beau challenge et les grands débuts de l’oenotourisme… Là-bas, mes deux passions pour  la vigne et les vieilles pierres ont pu se rejoindre, avec un liant que j’ai découvert alors en moi, un goût particulier à transmettre mes connaissances. Cette expérience m’a préparée à la suite du voyage, traduisez le retour en Charente, le pays de mon enfance! A 35 ans, je rêvais d’avoir mon propre vignoble. Mais en France, c’est compliqué pour les jeunes vignerons de s’installer car les terres viticoles sont contingentées à des surfaces très précises. Alors quand mon père m’a proposé de le rejoindre sur l’exploitation familiale de Bréville, une idée a germé. Je lui ai dit ok pour reprendre la gestion des vignes de Cognac. Mais à condition de pouvoir m’installer et vivre avec ma famille dans le vieux logis de St-Bris-des-Bois, que j’avais gardé dans un coin de mon coeur… »

« Quand je suis revenue ici, dans les années 2000, la propriété était en ruines, inoccupée depuis 200 ans, les toits étaient éventrés, les ronces envahissaient les bâtiments. Mais le domaine avait conservé une certaine majesté, et de beaux vestiges de son passé nobiliaire saintongeais : la grande cour carrée ceinte de murs, la façade en pierre aux ouvertures symétriques, flanquée de deux tours, le portail à merlons du XVIe siècle, l’emplacement, sur les hauteurs du village, à proximité de l’église romane… Son histoire, je ne l’ai découverte  que plus tard, en plongeant dans les archives familiales. La première mention de ce fief seigneurial remontait à 1395. Les terres et le logis noble avaient ensuite passé les siècles entre les mains de plusieurs familles, jusqu’à la Révolution française. Avant d’être revendues à mon aïeul Jean Boutinet, meunier de son état et possédant plusieurs moulins sur la Vallée du Coran, en 1810. Mais pour lui, ce n’était qu’une métairie parmi d’autres, et ni lui ni ses héritiers n’avaient jamais occupé le Logis. Mon rêve à moi était de redonner sa superbe au lieu, pour qu’on y entre comme on y entrait au XVIIe siècle… 

«On peut le dire! Comme je n’avais pas de fonds en propre, j’ai attaqué le dossier à ma manière. J’ai d’abord replanté les terres en vin de Pays, avec des cépages Merlot, Cabernet Franc et Sauvignon. Puis j’ai préparé un business plan pour créer des chambres d’hôtes et financer la restauration. Et ça a marché, les banques m’ont suivie! Je tenais à garder l’esprit historique de la propriété. J’ai donc mené une restauration à l’ancienne, en faisant travailler des artisans locaux. Chaque étape a été validée par les monuments historiques. Les charpentes et les toitures en tuiles de pays ont été entièrement reprises. Tout ce qui pouvait être sauvé à l’intérieur de la bâtisse, tomettes, boiseries, parquets, l’a été. Pour le reste, j’ai opté pour des matériaux simples, naturels et respirants, comme le béton de chanvre pour les murs intérieurs. Dans l’ancien logis, une aile est devenue notre maison famililale, l’autre a été aménagée pour accueillir cinq chambres d’hôtes, qui ont ouvert en 2002. Puis ont suivi une piscine en plein air et deux gîtes, la Petite Maison et la Maison des Chênes, installées l’une et l’autre dans les anciens bâtiments agricoles en pierres. »

« Redonner vie à un lieu pareil, c’était ça le vrai voyage! Et franchement, quand je vois le résultat, ça valait la peine! Ce vieux Logis charentais m’a tant donné et appris!  J’y ai élevé mes garçons. J’y ai vu pousser les vignes que j’avais plantées. J’y ai vu les vieilles pierres retrouver leur voix, leur lumière; et je sais aujourd’hui aussi bien réparer une fuite sur les toits que retapisser un vieux fauteuil ou tondre les pelouses en tracteur! Bien sûr, en chemin, j’ai dû renoncer à certains de mes rêves, notamment la production de Cognac Boutinet sur la propriété de mon père, décédé en 2019. Un temps, j’avais pourtant imaginé développer les ventes sur les marchés du Moyen Orient et d’Afrique du Nord et validé pour cela un double Master de commerce international et droits des spiritueux à l’Université des eaux de vie de Poitiers/Segonzac… Mais le projet était sans doute trop ambitieux et je vends désormais le vin du domaine aux Grandes Maisons Martell, Hennessy et Distillerie de la Tour. Il faut savoir faire des choix! Reste que le Logis est devenu une porte sur le monde. Avec les hôtes de tous horizons qui passent ici, je fais des rencontres formidables. Et maintenant que les choses se sont un peu posées ici, je compte bien recommencer à voyager. Dès qu’on pourra le faire à nouveau!»

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SE POSER

Le Logis de l’Astrée se cache à Saint-Bris des Bois, en Charente-Maritime, à proximité de Saintes (12 km), Cognac (17 km) et à portée de voiture des plages de Royan ou d’Oléron (environ 50 km). Il abrite 5 chambres d’hôtes et deux gîtes sur un domaine de 4,5 hectares de vignes, bois et prés. C’est un QG idéal pour explorer la Vallée du Coran et le centre de préhistoire sur Néandertal Paléosite, l’Abbaye de Fontdouce et les innombrables églises romanes de Saintonge.

Infos tourisme : Infiniment Charentes

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