Un LIVRE, UNE VOIX

Promenades en bord de mer et étonnements heureux, Olivier de Kersauson, éd. Cherche Midi

« Quand je regarde la mer, je me promène dans le temps du monde« , écrit le marin Olivier de Kersauson quand il fait le poète. Un temps fort de ce livre aux saveurs iodées : le passage du Canal de Panama, entre deux océans.

Un extrait de 3 mn lu par Pascale Desclos.

« C’est très agréable de passer le canal de Panama : on se trouve immergé dans un système, au milieu d’un lac, tout autour c’est la jungle. On entend les singes hurler. Lorsque le bateau mouille près des écluses et qu’il faut prendre une bouée, il s’agit d’être prudent, de vérifier qu’un serpent ne s’y est pas accroché. C’est un monde surprenant, incroyable. On rentre dans la jungle en bateau. Et une partie de ce monde incroyable voit défiler des milliers de navires de toutes formes.

Lorsqu’on arrive de la mer, on n’a vu que de l’océan pendant des jours et, soudain, c’est la jungle, dense. Il fait lourd, chaud, les lumières sont foncées, ce sont des lumières de surchauffe. Les eaux sont vertes comme la jungle, les nuages sont bas, on sent que la pluie n’est jamais loin. Sensation d’étouffement. C’est assez facile, dans ces conditions, de se représenter l’horreur que fut la construction de ce canal. Je crois qu’il y eut vingt mille morts. La plus grosse ressource du canal, à l’époque, c’était la vente de cadavres conservés dans du vinaigre aux académies de médecine.
Quand le canal fut ouvert au début du XXe siècle, ce fut une révolution technique.
L’endroit est d’autant plus étonnant qu’il est le symbole de la main de l’homme dans l’œuvre du monde. C’est la main de l’homme qui change le destin du monde. C’est impressionnant. Ce fut insensé de creuser un couloir jusqu’à un lac central, lequel allait alimenter en eau un autre couloir qui allait jusqu’à la mer et permettait aux bateaux de passer. Il y a sept mètres de dénivelé entre l’Atlantique et le Pacifique.
La devise du canal est visuelle : « Diviser pour unir. » Panama coupe la terre d’Amérique du Sud.
Le canal emploie cinq à six mille personnes. C’est une immense entreprise. Une manne. Quand je suis passé en 1969 avec Pen Duick, la traversée coûtait 1 dollar la tonne (le prix n’avait pas changé depuis la fondation du canal). Il en va autrement aujourd’hui.
Les bateaux les plus insolites traversent ce canal : c’est l’inventaire de Prévert de ce qui navigue. Un spectacle. Et une expérience insolite : si l’on traverse de nuit et que l’on est immobilisé sur le lac tropical, entre les écluses, les bruits de la jungle sont sidérants. On navigue en altitude (puisque l’on a franchi des écluses), au milieu de la faune.
La traversée est, d’une certaine façon, romantique. C’est le commerce du monde donc les histoires du monde qui traversent ici.
Lors de l’ouverture du canal, les navires qui l’empruntaient réalisaient une économie de navigation de deux ou trois mois. Panama était un nom connu dans le monde entier (c’est toujours vrai). Un nom magique. Celui d’un pays où l’on ne s’arrête pas. Là, on ne fait que passer. C’est émouvant. Et extraordinairement poétique : s’immobiliser sur le lac, avec la pleine lune au-dessus des arbres, les hurlements des singes dans la jungle à cinquante mètres… Quel décor ! Quelle parenthèse d’eau verte entre deux océans bleus.

 » (…)

Le nouveau livre de

Jean-Philippe

LES CHAMPIONS DU CAMOUFLAGE

 

Plongez dans un monde de

faux-semblants

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