Pierrefonds

Les quatre vies d'un faux vrai château

Demeure d’Histoire

FORTERESSE MÉDIÉVALE IMPRENABLE, RUINES CHÉRIES DES ROMANTIQUES, CHEF-D’OEUVRE DÉCRIÉ DE VIOLLET-LE-DUC ET DÉCORS DE SÉRIE FANTASY, LE CHATEAU DE PIERREFONDS ÉCRIT SON HISTOIRE AU PRÉSENT.

Dans le musée des Beaux-arts de Tours, on peut admirer un étrange tableau. Au pied d’imposantes ruines, d’élégantes tentes de réception surmontées de drapeaux français accueillent une partie de campagne très aristocratique. L’artiste Eloi Firmin Féron a peint le banquet donné en 1832, par le roi Louis-Philippe pour le mariage de sa fille avec Léopold 1er roi des Belges. Ces ruines qui sont un décor inattendu pour une telle cérémonie sont celles du château de Pierrefonds. 

En pleine période du Romantisme, ces vestiges éboulés sont non seulement l’un des thèmes de prédilection des artistes, mais aussi le but fort prisé d’excursions d’un tourisme naissant. Dans le genre, Pierrefonds est un must. Situé à 90 kilomètres au nord de Paris et à moins de 4 lieues du château de Compiègne, l’une des villégiatures préférées du pouvoir, le village est aussi fameux pour ses thermes que pour son château ruiné. « Il y a quelque chose de grandiose dans les ruines de Pierrefont [sic]. Si vous allez les visiter comme moi un jour d’automne, lorsque les vents de l’équinoxe viennent se briser en mugissant sur ces énormes masses de pierres (…) vous serez frappés de la beauté du spectacle, et d’une indéfinissable émotion. » écrit Arcisse de Caumont, fondateur de la Société Française d’Archéologie. Car les ruines n’inspirent pas seulement les apôtres du spleen mais, et c’est tout nouveau, deviennent de véritables sujets d’études savantes.

LE CHÂTEAU ET SES ALENTOURS.

Situé à moins de 100 kilomètres de  Paris, Pierrefonds est une destination idéale pour se mettre au vert. Balades en forêt, découvertes préhistoriques et sites de la Grande Guerre seront au programme.

Sur le manteau de la cheminée de la Grande salle, Viollet-le-Duc a fait figurer les 9 preuses. Au centre, la reine de Babylone a les traits de l’impératrice Eugénie.

C’est dans ce contexte que grandit le jeune Eugène Viollet-Leduc « Né dans une famille bourgeoise et cultivée, proche du pouvoir, il se passionne pour l’architecture, l’histoire et plus particulièrement la période médiévale.» explique Lucile Hervet, administratrice adjointe du château. Grâce au soutien de Prosper Mérimée alors directeur de la toute nouvelle Inspection générale des monuments historiques, Viollet-Leduc participe à la restauration de nombreux monuments historiques. Mais il ne se contente pas de consolider les ruines, il répare, reconstruit, réinvente Carcassonne, les cathédrales Notre-Dame de Paris (on lui doit la fameuse flèche partie en fumée en 2019) ou d’Amiens, le château des Tours ou la Basilique Saint-Denis… Alors, dans les années 1850, lorsque Napoléon III se toque des ruines de Pierrefonds et décide d’en relever une partie, c’est à Viollet-Leduc qu’il s’adresse.

Durant le Moyen-âge, le château avait été l’une des plus importantes forteresses de la région parisienne. Mais en 1616 aux mains d’ennemis de la régente Marie de Médicis, Richelieu en avait ordonné le démantèlement. Deux siècles plus tard, Napoléon III commande donc à l’architecte de relever les ruines. 

Le mot de Jean-Philippe

"C’est un château idéal comme en rêvent les enfants, avec ses grosses tours, ses mâchicoulis et tous les éléments castraux du début du XVe siècle. Viollet-Leduc l’a pensé comme un témoignage de l’architecture militaire médiévale avec l’idée d’en faire un musée. La salle des Preuses devait accueillir la collection d’armures de Napoléon III qui, depuis la guerre de 1870 se trouve au Musée des Armées, Hôtel des Invalides à Paris. Dans l’attente du retour de leurs chevaliers en armure, les 9 preuses n’ont plus que leurs yeux pour pleurer."

Il s’agit alors de ne rebâtir que les parties du donjon comprenant un logis destiné à l’habitation, la tour carrée adjacente et la poterne permettant l’accès à la chapelle. Les travaux débutent en 1858. Malgré ses autres chantiers, Viollet-Leduc passe le plus de temps possible à Pierrefonds. « Il supervise le gros œuvre, comme il choisit la couleur des parures ou dessine chacune des gargouilles. Chaque motif, chaque statue, chaque décor a été imaginé et dessiné par lui.» souligne Lucile Hervet.

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Le lion ailé en plomb repoussé.

Pour reconstruire la chapelle, Viollet-Le-Duc s’est inspiré d’une autre chapelle qu’il connait bien, La Sainte-Chapelle de Paris. 

À l’intérieur une tribune destinée aux gardes du château a été installée au-dessus du chœur. C’est une invention de l’architecte. 

Les gargouilles, si chères à Viollet-le-Duc

La cour intérieure est une véritable ruche, un certain 28 septembre, le cahier du chantier enregistre : 38 couvreurs, 12 charpentiers, 2 serruriers, 1 parqueteur, 4 peintres décorateurs, 3 sculpteurs ornemanistes, 3 statuaires, 20 terrassiers, 150 maçons, tailleurs de pierre, bardeurs et scieurs.

Lors de ses séjours à Compiègne, l’empereur, accompagné de sa femme Eugénie, ne manque jamais de venir voir l’avancée des travaux. Il s’entretient avec les entrepreneurs, interroge les ouvriers sur les conditions de travail, débloque des situations administratives et surtout accroit sans cesse les crédits. Parfois le souverain emmène sur le chantier des monarques de passage tels le roi du Portugal, Louis II de Bavière ou encore le prince japonais Taïkoun.

En 1863, le projet prend une nouvelle tournure. L’empereur envisage de faire restaurer entièrement le château. Il ne s’agit plus d’en faire un simple logis, mais de créer un musée du Moyen-âge. Viollet-Leduc écrit : « Nous pourrons bientôt voir le plus beau spécimen de l’architecture féodale du XVe siècle en France renaître par la volonté auguste du souverain.»

Souvent tiraillé, lors de ses restaurations précédentes, entre la tradition et l’innovation technologique, l’architecte fait ici appel à des techniques innovantes, comme l’utilisation du métal pour les charpentes du Grand logis ou de la Salle des Preuses.

Ses choix témoignent de sa très grande connaissance de l’architecture et de la culture médiévale. Mais il s’octroie aussi de nombreuses libertés comme l’improbable tribune au-dessus du chœur de la chapelle ou l’escalier inutile de la tour Alexandre. D’ailleurs il avait écrit dans Son Dictionnaire raisonné de l’architecture que restaurer un édifice : « C’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé. » Nous étions prévenus !

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La cour intérieure présente des styles inspirés du Moyen-âge et de la Renaissance. La statue équestre d’Emmanuel Frémiet représente Louis 1er d’Orléans.

Si Pierrefonds est considéré comme son chef-d’œuvre, l’architecte n’en verra pourtant pas l’achèvement, il meurt en 1879 alors que les travaux s’achèveront, après un quart de siècle, en 1885.

À la fois rigoureuse et inventive, sa vision du Moyen Âge reste ambiguë et nombreux furent ceux qui critiquèrent son interventionnisme jugé excessif. Anatole France, dans Pierre Nozière publié en 1899, écrit : « À vrai dire, le château de Pierrefonds n’est aujourd’hui qu’un énorme joujou. […] ce n’est plus le château de Louis d’Orléans ; c’est la représentation en relief et de grandeur naturelle de ce manoir. Et l’on a détruit des ruines, ce qui est une manière de vandalisme. » Dans La recherche du temps perdu, Marcel Proust fait dire à Charles Swann, apprenant que sa bien aimée se rend à Pierrefonds : « Penser qu’elle pourrait visiter de vrais monuments avec moi qui ai étudié l’architecture pendant dix ans (…), et qu’à la place elle va avec les dernières des brutes s’extasier successivement devant les déjections de Louis-Philippe et devant celles de Viollet-le-Duc ! » Ces jugements reflètent bien comment furent considérés depuis la fin du XIXe et durant une bonne partie du XXe siècle les travaux de Viollet-Leduc, certains historiens proposèrent même d’interdire la visite de Pierrefonds. Aujourd’hui les huit tours ornées de leurs preux chevaliers dominent la plaine de Picardie et les inventions et interventions de l’architecte appartiennent à l’histoire du bâtiment.

Ce château néo-médieval et dont certains décors annoncent pourtant l’Art Nouveau plut tellement à Michael Jackson qu’il s’en fit faire une maquette pour son ranch de Neverland. Souvent sollicité pour servir de décors à des fictions, il fut durant cinq années, l’écrin de la série anglaise Merlin. Ainsi, lors de votre prochaine visite, peut-être croiserez-vous l’une de ces merlinettes, fans absolues de la série, qui en costume, se plaisent à rejouer in situ, quelques scènes de leur héros préférés, des reconstitutions qui ne devraient pas trop déplaire à ce cher Viollet-Leduc.

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déouvrir le château de pierrefonds

SE RENSEIGNER : L’Office de tourisme de l’Oise et l’Office du tourisme de Pierrefonds se tiennent à votre disposition pour organiser votre séjour à Pierrefonds.

Y ALLER :

En voiture : Depuis Paris, autoroute A1 et sortie 9, Compiègne-Sud. Le trajet fait environ 90 km.

En train : Paris, gare Paris-Nord jusqu’à Compiègne. A Compiègne, plusieurs lignes de bus desservent la ville de Pierrefonds. Se renseigner auprès de l’office de tourisme pour les horaires. 

EN PROFITER POUR  : Visiter le Château royal et impérial de Compiègne. Bâti par Louis XV et Louis XVI, réaménagé sous Napoléon Ier puis Napoléon III, il fut un haut-lieu de la vie de cour et de l’exercice du pouvoir. L’originalité et la beauté du plus grand château néo-classique français tient à la qualité de ses décors intérieurs et de son mobilier. Avec Versailles et Fontainebleau, il est  l’une des trois plus importantes résidences royales et impériales françaises.

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