Pétra

Cité au coeur de pierre

Voyage Grand format

DEPUIS LES MONUMENTALES FAÇADES DE PÉTRA « ARRACHÉES » AUX FALAISES JUSQU’AUX IMMENSITÉS DÉSERTIQUES DU WADI RUM, ERRANCES EN GRANDEURS MINÉRALES.

Il est tôt lorsque, après une nuit paisible sous une longue tente bédouine, nous quittons le campement. Dans les traces de notre guide Ali, nous nous engouffrons dans notre premier siq, ces corridors étroits creusés entre deux parois rocheuses par l’érosion. De ces couloirs de pierre, les hommes ont fait les avenues d’une étrange cité troglodyte. Certains habitats sont composés d’une seule pièce creusée dans la pierre, d’autres sont ornés de reliefs, comme le petit temple à l’entrée du Siq al Barid. Les plus richement décorés sont des tricliniums où se donnaient les festins, l’un d’entre eux est encore décoré des peintures d’un Éros musicien. Parfois la roche, trop érodée, n’a conservé que le souvenir d’escaliers qui ne mènent plus nulle part. Il existe bien des façons de découvrir Pétra, en Jordanie. La plupart des touristes n’y passent que quelques heures, enchaînant la visite des principaux monuments avant de s’engouffrer rapidement dans leur véhicule pour d’autres destinations. 

Il est aussi possible de s’y arrêter quelques jours pour, au rythme de ses pas, entrevoir un peu de la grandeur de ce site, désigné lors d’un récent sondage comme l’une des « Sept nouvelles merveilles du monde ». Alors que nous marchons depuis plusieurs heures, une improbable façade, dissimulée par un rideau minéral, surgit à l’improviste. Dans ce chaos montagneux, la pureté austère des lignes du Deir semble se libérer de la roche. Même Ali s’est bien gardé de trahir le secret, laissant chacun de nous ébahi par la découverte de l’immense édifice. Le Dei, également surnommé le Monastère, n’est pas le monument le plus célèbre de Pétra, mais ses dimensions – 50 mètres de large pour 45 mètres de haut – son étonnante conservation et son isolement intiment à chacun le respect.

PARTIR EN JORDANIE

L’agence Atalante organise plusieurs treks  en Jordanie. Certains circuits offrent de découvrir, en plusieurs jours de marche, Pétra mais aussi la Petite Pétra, un bel ensemble architectural nabatéen. Un voyage en Jordanie doit aussi comporter quelques nuits dans le Wadi Rum.

Le Cardo maximus traverse la ville de Pétra du nord au sud. Cette voie principale date de l’époque romaine de la ville.

Les uns après les autres, lentement, nous reprenons la marche vers le cœur de Pétra. Car si les 3 000 vestiges archéologiques découverts sont dispersés sur quatre-vingts kilomètres carrés, la cité même se trouve au centre d’un cirque d’environ trois kilomètres sur cinq dominé par des hautes parois rocheuses. L’histoire est celle d’un peuple nomade, les Nabatéens, qui s’étant enrichi dans le commerce des épices, de la myrrhe ou de l’encens ont fait de Pétra sa capitale vers le IVe siècle avant Jésus-Christ. Si aujourd’hui le site évoque davantage une nécropole, à son apogée, la ville avec ses temples, son  théâtre, son arc de triomphe pouvait compter plus de 30 000 habitants. Le temps, les guerres et les séismes ont eu raison de la plupart des constructions et seules se dressent encore, impériales, les façades sculptées à même la montagne. Comment décrire la splendeur de ce que l’on appelle, certainement à tort, les tombes royales,  et qui furent peut-être des bâtiments civils. Prestigieuses devantures architecturées dans la pierre, qui, sur plusieurs étages, déclinent des portiques, des tympans ou des corniches décorées de frises et supportées par des colonnes. 

Le mot de Jean-Philippe

« La vision de ces immenses façades taillées, sculptées, « arrachées » aux falaises ocres est encore ancrée en moi comme l’un de ces moments où je suis resté autant ébahi, fasciné, pétrifié par la puissance d’une civilisation que par sa fragilité. »

Et puis, il y a cette couleur étonnante. Pétra a été surnommée La Cité rose. La réalité, bien plus colorée, est un nuancier de vermeil, de bordeaux, de mauve mais aussi de gris et de noir qui peignent sur la roche de véritables tableaux abstraits. Pourtant ce même processus chimique lié à l’érosion et qui colore les monuments, dissout inexorablement la cité antique. Les vents, la pluie, l’ardeur soleil et depuis peu la pollution humaine rendent lentement la cité aux sables du désert.

Le Siq est étroit, poussiéreux, encombré de touristes, de carrioles et de dromadaires mais le Trésor est au bout.

Rencontre dans le « Petit Pétra », un ensemble de monuments troglodytes.

Le fameux Siq qui mène au Trésor.

Balade sur le Cardo maximus, voie principale de Pétra.

Est-ce son parfait état de conservation, la finesse de sa décoration, son improbable emplacement ? L’émotion est intacte à la vue du « Trésor du pharaon ». La plus célèbre façade de Pétra tient son nom d’une croyance locale qui voudrait qu’un roi égyptien l’eût élevée pour entreposer un fabuleux trésor. Ce sont pourtant bien les Nabatéens qui ont taillé dans la montagne rose cette façade, peut-être en l’honneur d’Aretas IV (vers 50  après J.C.) ; l’un des derniers rois de cette civilisation qui s’éteint à la fin du premier siècle après J.C.

Après trois jours et deux nuits, nous quittons Pétra à regret pour nous diriger vers le sud du pays, non loin de la frontière saoudienne. À Rum, petite bourgade de fin de piste, nous embarquons dans des véhicules tout terrain qui, après une heure de piste sableuse et de hors-piste désertique, nous abandonnent au cœur du Wadi Rum. Une bonne collation avalée et Ali nous entraîne le long d’un djebelavant d’en escalader les contreforts.

Rien de très difficile, et nous retrouvons des joies enfantines à passer d’un rocher à l’autre, à nous hisser le long des parois, à nous entraider. Comme tous lieux touristiques, le désert du Wadi Rum a ses musts. L’arche de Burdah en est un, passage obligé pour la photo. Les derniers mètres sont les plus périlleux, mieux vaut avoir prévu l’assistance d’une corde pour assurer la petite grimpette finale. Alors l’arche apparaît, dominant le paysage, juché à plus de 80 mètres du sol, dévoilant une vue unique sur le désert du Wadi Rum. Dans ce décor écrasé de soleil, des pitons rocheux émoussés – les djebels – s’extirpent de vallées ensablées, – les Wadi. Une impression d’infini fait écho aux écrits T.E Lawrence : « Notre petite caravane, saisi d’effroi (…) avait honte d’étaler sa petitesse devant la grandeur infinie de ces montagnes ».

Le nouveau livre de

Jean-Philippe

LES CHAMPIONS DU CAMOUFLAGE

 

Plongez dans un monde de

faux-semblants

Jordanie - Pétra - Les arches comme celles d’Um Frouth sont des passages obligés du Wadi Rum.

Les arches comme celles d’Um Frouth sont des passages obligés du Wadi Rum.

À nos pieds, se déroula une partie de l’histoire de Lawrence d’Arabie, qui, durant La Grande Guerre, prit une part active à la révolte Arabe contre l’empire Ottoman. L’empire Ottoman, la naissance de la Jordanie, les relations complexes avec le voisin israélien… Jusque tard dans la nuit, ce soir-là, de sa voix douce, presque monotone, comme une leçon bien apprise, Ali nous raconte son pays.

Au petit matin, surprise ! D’immenses trainées blanches étincellent aux premiers rayons. La nuit peut être froide dans le désert, couvrant le sable d’une légère couche de givre aussi surprenante que fugace. Dans l’immensité aride, chacun a son rythme ; libéré de toute contrainte, le groupe s’éparpille. Il n’y a pas de chemin, pas de sentier, juste la trace de celui qui nous précède… Je marche en tête. Ali me parle de sa famille, de ses études d’histoire, de la sincère affection qu’il a pour la Jordanie, et pour la reine Rania, dont il conserve le portrait dans son portable…

Une femme vêtue de noir pousse quelques moutons, un gamin et un chien s’arrêtent pour nous regarder passer, alors qu’elle rabat sur son visage un pan de son voile. Quelques bédouins nomadisent encore dans le Wadi Rum, mais il est loin le temps où de grandes caravanes trouvaient là un point de passage facile vers l’Égypte et la Méditerranée. 

À la tombée du jour, le soleil couchant se joue de l’ocre des grès, le désert prend alors une intense couleur orange. Cette nuit, nous ne dormirons pas sous nos tentes. L’érosion a creusé à flanc de montagne des alcôves qui s’étagent en surplomb du désert. Réchauffées par le soleil de la journée, la pierre restitue cette chaleur alors que nous nous endormons la tête dans les étoiles.

PARTIR EN JORDANIE

Renseignements Sur le site officiel de l’office du tourisme de Jordanie.

Séjours et circuits : L’agence Atalante organise plusieurs treks entre en Jordanie. Le circuit « Les aventuriers de Pétra » propose de partir 8 jours en famille. Une véritable chasse au trésor en compagnie des bédouins, des marches et des visites adaptées aux plus jeunes, dès 7 ans.

Le nouveau livre de

Jean-Philippe

LES CHAMPIONS DU CAMOUFLAGE

 

Plongez dans un monde de

faux-semblants

Retour haut de page

Partagez...

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp