Loches

Trois dames pour une cité royale

Demeures d’Histoire

Une pucelle, une favorite et une double reine ! Trois femmes ont marqué l’histoire de l’une des plus belles cités royales, Loches la méconnue.

Depuis plus de 1 000 ans, l’imposant donjon de 37 mètres de haut fait la fierté des habitants de la ville.  Accrochée sur un promontoire rocheux qui domine la vallée de l’Indre, Loches fut longtemps une place forte appartenant aux comtes d’Anjou. Conquise par le roi Philippe Auguste, elle est intégrée au domaine royal par Saint-Louis en 1249. Au XIVe siècle, sur la pointe nord-est du promontoire, à quelques encâblures du donjon, un premier logis plus au goût de l’époque est construit. Bien avant les châteaux de la Loire, il devient l’une des principales résidences des rois de Frances. Mais ce sont trois femmes qui vont écrire l’histoire de la Cité royale de Loches. Lorsque Charles VII se proclame roi en 1422, la France est un pays divisé et en guerre contre l’Angleterre. Celui que l’on nomme par dérision le Roi de Bourges réside régulièrement à Loches. C’est là qu’il retrouve Jeanne d’Arc.

Trois mois après leur première rencontre à Chinon, elle n’est plus la petite bergère de Domrémy mais la Pucelle auréolée de sa victoire orléanaise. Ce 8 mai 1429, elle exhorte le roi de se faire sacrer à Reims. Certains des conseillers royaux s’y opposent, prétextant qu’il vaut mieux auparavant reconquérir la Normandie. Se jetant à ses pieds, elle aurait alors proclamé : « Gentil dauphin, ne tenez pas davantage tant et si interminables conseils, mais venez au plus vite à Reims pour prendre votre digne couronne.» On connait la suite, le roi est sacré le 17 juillet 1429. Vendue aux Anglais, Jeanne d’Arc est brûlée à Rouen le 30 mai 1431.

Elle avait 19 ans !

AU FIL DE L'INDRE

Avec son logis royal, bijou de la fin du Moyen Âge et son donjon, l’un des mieux conservés d’Europe, Loches est l’une des plus belles cités fortifiées de France. Longtemps restée à l’ombre des châteaux de La Loire, la belle sort peu à peu de son sommeil pour inviter chacun à parcourir ses ruelles médiévales et à flâner dans les paysages bucoliques de la vallée de l’Indre.

Culminant à 37 mètres de hauteur, le donjon de Loches est un chef-d’oeuvre de la construction castrale du XIe sièle… toujours debout !

Agnès Sorel a le même âge, lorsqu’elle fait son entrée à la Cour de France vers 1442. Et c’est bien l’image d’une toute jeune femme que le temps n’a pas flétri qui nous est parvenue grâce au fameux portrait du peintre Jean Fouquet. C’est également un visage lisse et pur que nous offre son gisant installé dans la collégiale Saint-Ours.

Situé à mi-chemin entre le donjon et le logis royal, cette église a été construite entre les Xe et XIIe siècles. De l’extérieur, la première chose que l’on remarque sont les deux étranges pyramides à huit faces, appelées dubes, qui surmontent son toit. Avant d’entrer, admirez le magnifique portail polychrome sculpté de personnages et d’animaux tirés du bestiaire du Moyen-âge. À l’intérieur se trouve donc le très beau mausolée au gisant d’albâtre de celle qui reste, pour l’Histoire, la première maîtresse officielle d’un roi de France. Issue de la petite noblesse, la belle Agnès est introduite à la cour comme demoiselle de compagnie de la belle-sœur du roi. Charles VII en tombe éperdument amoureux et ne s’en cache pas. La jeune Picarde devient la femme la plus en vue de la Cour et sa beauté, légendaire. Sa peau blanche, qu’elle entretient avec de nombreuses crèmes, est sublimée par un rouge à lèvre couleur coquelicot ; son front et ses sourcils épilés mettent en valeur ses yeux, qu’elle trouve trop grands. Délaissant les guimpes, elle dévoile sa gorge et sa poitrine, son nom devenant alors, à tort ou à raison, synonyme de décolleté provoquant. Vêtue d’étoffes légères et soyeuses, étincelante de pierres précieuses, elle est maîtresse dans l’art de faire les modes. Agnès, qui a reçu une bonne éducation, ne se contente pas de ses charmes. Elle s’allie les principaux conseillers du roi, tels le grand argentier Jacques Cœur et le cardinal Guillaume d’Estouteville.

Le mot de Jean-Philippe

Je connais mal la peinture, mais il y a un peintre qui me fascine tant par son art que par sa courte vie : Caravage. Quelle ne fut pas ma surprise d’aller voir des « Caravage » en ces terres lochoises. Découvertes sous une épaisse couche de crasse dans l’église de Saint-Antoine, deux toiles figurent des scènes de la Bible illustrées par l’artiste. Certains imaginent qu’elles sont de la main du maître, d’autres y voient des copies. Le petit musée qui leur est consacré permet d’approcher l’œuvre de ce génie du clair-obscur.

Mais son influence politique, réelle ou supposée, engendre la jalousie, à commencer par celle du dauphin, le futur Louis XI. Il aurait un jour poursuivi, une épée à la main, la belle qui trouva refuge dans le lit de son roi… De ce lit naissent trois filles, toutes légitimées. Parallèlement, son amant lui fait don de plusieurs fiefs dont ceux de Loches et de Beauté – non loin de Vincennes – d’où son surnom de Dame de Beauté.

Installée au manoir de la Vigne, en Normandie, dans l’attente de son quatrième enfant, Agnès est soudain prise de violents maux de ventre. Le 9 février 1450, après une fausse couche, elle meurt brutalement. Dès lors, toutes les rumeurs vont courir sur cette mort subite. Si son cœur est enterré à l’abbaye de Jumièges, son corps est transporté jusqu’à la collégiale de Loches à laquelle elle avait légué une partie de ses biens.

Elle avait 28 ans !

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Jeanne d’Arc au sacre de Charles VII, imaginée par le peintre Ingres au XIXe.

Au XVe siècle, le peintre Jean Fouquet a représenté la Vierge sous les traits d’Agnès Sorel. Entourée de
chérubins et de séraphins, la Dame de Beauté présente une carnation d’une extrême pâleur, signe de grande beauté.

Anne de Bretagne recevant de son confesseur le manuscrit des Vies des femmes célèbres.

À 28 ans, en 1505, Anne de Bretagne est reine de France pour la seconde fois. La duchesse de Bretagne avait épousé le roi Charles VIII en 1491 à l’âge 14 ans pour des raisons politiques. Celui-ci mort accidentellement sept ans plus tard, elle est unie, comme le stipulait son contrat de mariage, à son successeur, Louis XII, en 1499. L’époque est encore aux Cours vagabondes mais Loches reste une des demeures favorites du couple royal. Anne prend en main les travaux d’agrandissement entrepris sous le règne de son précédent époux. Elle en modifie les plans et ajoute un petit oratoire orné d’hermines bretonnes, véritable chef-d’œuvre de l’architecture gothique flamboyant « Elle va également offrir un nouveau souffle à la cour, précise Jean-François Thull, directeur de la Cité Royale de Loches. C’est une érudite, dont on connaît le goût prononcé pour les livres. Nous présentons dans le logis royal une copie de son fameux livre d’heures.» Si le donjon n’est plus, depuis longtemps, l’habitation des seigneurs, il a conservé son aspect défensif et s’est doté, au cours des siècles, d’enceintes, de barbacanes, de tours et de ponts-levis. À la fin de la guerre de Cent ans, il perd sa vocation militaire et devient une prison d’État. Sous le règne de Louis XI, les sinistres fillettes, ces cages-prisons en bois renforcées de bandes de fer, y prennent place. L’une d’elle est aujourd’hui reconstituée et « visitable ». «Contrairement à la légende, il est possible de s’y tenir débout, souligne Jean-François Thull, elles ne servaient d’ailleurs que la nuit pour éviter l’évasion de prisonniers importants.» Dans d’autres cellules, les graffitis, signatures, frises ou peintures évoquent certains embastillés. Prisonnier à Loches de 1504 à 1508, Ludovic Sforza, duc de Milan, a gravé son heaume sur les murs de sa geôle cachot. Après le XVe siècle, les souverains de la Renaissance préfèrent à Loches les châteaux des bords de Loire, puis du bassin parisien. Le logis royal a longtemps abrité la sous-préfecture et le donjon resta une prison jusqu’en 1926. Un temps à l’écart des routes touristiques, la Cité royale de Loches et la ville médiévale qui la cerne ont depuis retrouvé ce charme qui, comme le notait déjà l’écrivain américain Henry James au XIXe siècle, «procure les plus grandes sensations à celui qui voyage dans le centre de la France

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La Cité royale de Loches vue du ciel, composée de son donjon, sa collégiale au centre et le logis royal.

La mort de la belle Agnès

Assassinat, surdosage ou suicide… En 2004, à l’occasion du déplacement du mausolée d’Agnès Sorel, ses restes ont été examinés par des scientifiques. Les études toxicologiques ont révélé une intoxication au mercure. Or le vif argent était un remède très employé à l’époque de son vivant. Reste que la concentration mesurée correspond à 10 000 voire 100 000 fois la dose thérapeutique. S’agit-il d’un surdosage accidentel, d’un suicide (on dit que sa grâce commencé à décliner) ou d’un assassinat ? Ses ennemis étaient nombreux… Nous connaissons désormais la cause de son décès, reste à en trouver la raison.

DÉCOUVRIR LA CITÉ ROYALE DE LOCHES

La Cité royale de Loches est ouverte toute l’année. Grâce à son nouveau Histopad, le donjon se parcourt en réalité augmentée. Et les plus jeunes peuvent participer à une chasse au trésor en recherchant les objets cachés dans ces décors virtuels.

SE RENSEIGNER : Office du tourisme de Loches et Le blog des Flâneries en Sud Touraine, une invitation à sillonner la destination Loches Touraine Châteaux de la Loire. Hébergement, gastronomie, visites, rendez-vous, activités pour toute la famille…

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