La renaissance

Un grand souffle venu d'Italie

Complément d’histoire

LE MOUVEMENT DE LA RENAISSANCE A BOULEVERSÉ TOUTE L’EUROPE AU XVIE SIÈCLE. POURQUOI A-T’IL PRIS RACINE SUR LA PÉNINSULE ITALIENNE PLUTÔT QU’AILLEURS ?

« C’est un âge d’or qui a ramené à la lumière les arts libéraux auparavant presque détruits : grammaire, éloquence, peinture, architecture, sculpture, musique. Et le tout à Florence. » Ainsi Marsile Ficin, un des plus influents philosophes italiens du XVe siècle, attribuait à son pays, et à la Toscane en particulier, le mérite d’avoir « inventé » la Renaissance, alors que le mot n’existait pas encore. Comme lui, les historiens contemporains s’accordent à penser que la révolution culturelle qui changea le visage de l’Europe a bien pris racine en Italie, dés le XIVe siècle. Pourquoi là plutôt qu’ailleurs ? La première raison tient à la géographie : au coeur de la Méditerranée, l’Italie occupe la position idéale pour devenir le centre du monde occidental au Moyen Age. Près de mille ans se sont écoulés depuis l’effondrement du grand empire romain d’Occident, qui avait vu croître et décliner la splendeur de Rome. L’empire byzantin qui, dans l’intervalle, a régné sur la Méditerranée depuis Constantinople, s’est affaibli à son tour.

Les nouveaux centres du pouvoir se re-déplacent vers l’Italie, qui s’affirme comme le continuum spatial de Rome. Au sud, sur l’île de Sicile, Frédéric II (1194-1250) règne sur le Saint-Empire romain germanique et porte les valeurs de l’Antiquité dans l’Occident chrétien. Cet italophile, à la fois ami des Sarrasins et des Byzantins, parle le latin, le grec et l’hébreu. Il reçoit à sa cour des savants du monde entier et se passionne pour les mathématiques et les beaux arts. A l’est de la plaine du Pô, Venise se pose, elle, en héritière de Byzance. Enrichie par la quatrième croisade, en 1204, la Sérénissime a inversé le rapport de force avec l’empire byzantin et domine désormais la Méditerranée. Dans son port, transitent des marchandises du monde entier : soieries, épices et métaux précieux d’Orient, vin et céréales de Crète, sel et peaux d’Albanie, draps des Flandres. Avec les bateaux, arrivent aussi les livres et les savoirs hérités du monde hellénistique…

L'ITALIE, UN TERRITOIRE CONVOITÉ

Ou comment les guerres d’Italie ont propagé les canons de la Renaissance en Europe…

Riche et densément peuplée, l’Italie de la fin du XVe siècle dessine une mosaïque d’Etats rivaux et attire la convoitise de ses voisins. Signée en 1454, la paix de Lodi a mis fin à la lutte entre le duché de Milan et la République de Venise, alliée à Florence, qui avait déstabilisé toute la péninsule. Les trois états ont rejoint la Ligue italienne, s’engageant à se prêter mutuellement secours en cas d’agression. C’est dans ce contexte que René d’Anjou meurt, léguant Naples, Chypre et le royaume de Jérusalem à la France. Durant les 60 ans qui suivent, les rois de France Charles VIII, puis Louis XII et François 1er vont mener les guerres d’Italie pour faire valoir leurs droits héréditaires. Après l’élection de Charles Quint à la tête de l’Empire en 1519, leurs velléités s’opposent aux projets des Habsbourg, désormais maîtres de l’Espagne, qui rêvent de former un territoire unifié en conquérant l’Italie et l’accès à la Méditerranée. Le conflit entre les Valois et Habsbourg s’achèvera par le traité du Cateau-Cambrésis, en 1559 : la France doit renoncer à l’Italie, où l’Espagne affirme sa prépondérance jusqu’au XVIIIe siècle. Mais les guerres d’Italie, en donnant à voir et admirer in situ un modèle artistique, ont propagé les canons de la Renaissance dans toute l’Europe.

Italie - Renaissance - Colisée Empire Romain

A la Renaissance, l’Italie s’affirme comme le continuum spatial de l’Empire romain antique. Vue du Colisée par Giovanni Battista Piranesi, 1720-1778

Si l’Italie est le berceau naturel de la Renaissance, c’est aussi pour une raison historique. Dans ses ruines, ses arènes, ses mosaïques, ses colonnes, l’héritage antique est plus visible que partout ailleurs. Et dans toutes les cités, c’est le droit romain qui façonne le cadre légal. Le système communal italien facilite l’essor de petits cercles de liberté, creusets de l’humanisme. Première cité à s’émanciper de la tutelle du Saint-Empire romain germanique, Florence  instaure une république de marchands. La libertas – liberté de se gouverner soi-même – nourrit la réflexion des élites intellectuelles, qui s’abreuvent au modèle de la pensée classique et élaborent des théories sur la politique, l’éducation, la beauté. Les arts fleurissent. Au XIVe siècle, avant le repli démographique causé par l’épidémie de peste noire (1347-1352), Florence est une des villes les plus riches et les plus peuplées d’Occident. Sous Côme de Médicis, à partir de 1434, sa politique culturelle s’intensifie encore. 

Au XVe siècle, Rome, Milan, Venise et toutes les cités du centre et du nord de la péninsule se mettent en mouvement à leur tour, dans le tourbillon des batailles et des alliances engendrées par les guerres d’Italie. Elles s’enrichissent, croissent et s’embellissent au rythme des chantiers urbains. Sous les pontificats de Nicolas V et Jules II, Rome renoue ainsi avec sa splendeur passée. « D’abord communes, puis états territoriaux, les cités italiennes sont des entités politiques en compétition constante les unes avec les autres : compétition politique, mais aussi économique et culturelle. L’art doit servir le prestige de la cité, et de celui qui la gouverne.« , note Elisabeth Crouzet-Pavan, professeur d’histoire médiévale à l’université Paris IV-Sorbonne. Les villes phares d’Italie deviennent ainsi des vecteurs de diffusion très actifs des acquis de l’Antiquité. Florence sera le premier foyer de la Renaissance, Rome celui de la « deuxième » Renaissance, Milan un relais de diffusion, Venise un catalyseur.

Italie - Renaissance - Carte de Florence Braun Hogenberg

Dès le XVe siècle, la puissante famille des Médicis fait de la riche Florence une cité réputée pour ses arts et son architecture. Atlas Civitates Orbis Terrarum de Braun & Hogenberg, 1572.

Enfin, l’émergence du mouvement de la Renaissance en Italie a des causes purement politiques. En 1453, les Ottomans prennent Constantinople, l’actuelle Istanbul. La chute de la capitale byzantine provoque l’afflux de clercs, prêtres et dignitaires en Italie. Nombre de ces érudits, qui ont fui la guerre en emportant avec eux des manuscrits gréco-romains, trouvent refuge à Venise, où ils exercent les métiers de copiste, de libraire ou de professeur. Les savants et artistes italiens tirent profit de leur savoir.
Comment les valeurs de la Renaissance se diffusent-elles en Occident à partir de la péninsule ? Le transfert se fait d’abord par la copie, l’imitation. Faisant de l’art un véritable instrument diplomatique, les princes italiens marquent leur bonne volonté à l’égard des « barbares transalpins » par le don d’œuvres majeures. « Dés 1469, Laurent de Médicis exporte des artistes florentins dans toutes les cours importantes, de Naples à Milan, du Portugal à la Hongrie, note Jean Delumeau dans « La Civilisation de la Renaissance » (Arthaud, 1967)

Inversement, des artistes étrangers sont invités par les cours de Milan, Ferrare ou Mantoue. Le pillage est un autre instrument redoutable de diffusion. Durant les guerres d’Italie, Valois et Habsbourg profitent de leur passage pour s’emparer des richesses des villes vaincues : le sac de Rome par les troupes à la solde de Charles Quint, en 1527, cause des dommages incalculables au patrimoine artistique mais contribue à sa manière à son rayonnement.
Il faut décorer les palais. Dans toute la péninsule, les prix des statues, bijoux, médailles antiques s’envolent. Devenu le plus grand marché des manuscrits gréco-romains en Occident, Venise attire des collectionneurs du monde entier. Tous les moyens sont bons pour s’approprier les ouvrages les plus précieux et rivaliser avec les bibliothèques déjà fameuses des Médicis à Florence ou des papes au Vatican. Ainsi Guillaume Pélicier, évêque de Montpellier, envoyé en mission à Venise par François 1er pour enrichir la bibliothèque royale de Fontainebleau, emploie plusieurs copistes.

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Laurent de Médicis (1449-1492), prince de la Renaissance et mécène

L’arrivée des mages de Benozzo Gozzoli, Palazzo Medici-Riccardi de Florence

« J’ay tousjours eu jusques à ceste heure force éscripvains (…) comprins ung hebrieu, qui m’escript des choses les plus rares que je puys trouver en ceste lengue là » , écrit–il à son roi en 1540. Selon les Mémoires d’Estat des Roys (G. Ribier, 1661), d’autres voyageurs s’aventurent jusqu’à « Constantinople et autres lieux de la Grèce pour chercher et amasser des manuscrits ». Après l’invention de l’imprimerie, un certain Alde Manuce s’impose comme le prince des éditeurs vénitiens. Passionné de littérature grecque, il donne une audience internationale aux humanistes.
Au XVIe siècle, l’Italie devient une inépuisable source d’inspiration… et déjà la première destination touristique d’Europe. Il faut alors vingt jours de voyage pour relier Rome depuis Paris, quatre jours de Rome à Florence. Les découvertes archéologiques, les fouilles attirent.

Des artistes français, flamands, hollandais, allemands visitent la péninsule. Dans son journal de voyage en Italie, Montaigne raconte qu’il voit la Bibliothèque Vaticane « sans nulle difficulté ». Et durant son séjour à Venise, Albrecht Dürer peint pour l’église San Bartolomeo  le retable « La Fête du Rosaire » (Prague, Národni galerie), que lui a commandé la corporation locale des marchands allemands, active à la promotion artistique. Selon un processus plus long, plus discret, la mode pousse de riches commanditaires à s’italianiser, partout en Europe : ils achètent des tableaux italiens, lisent les humanistes, adoptent même les danses lombardes et se faisant, se posent en hommes de goût. Pas encore un pays, mais déjà une idée, l’Italie en opérant sa Renaissance, a imposé son style à tout l’Occident.

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