Vaux-Le-Vicomte

Quo non ascendet ?

Demeures d’Histoire

FOLIE DES GRANDEURS, CHEF-D’OEUVRE DU GRAND SIÈCLE ET ALLÉGORIE DU POUVOIR, LE CHÂTEAU DE VAUX-LE-VICOMTE EST UN BIJOU ARCHITECTURAL DANS UN ECRIN D’EAU ET DE VERDURE.

On se promène entre deux murs d’eau, on marche sous une voûte de feu, les rochers s’ouvrent, les arbres se fendent et la terre marche : on voit des danses, des ballets, des mascarades et des comédies ; on voit des fleurs, on voit des batailles, on voit la nuit et le jour en même temps.*

Le 17 août 1661, Nicolas Fouquet donne en son château à peine achevé un régal en l’honneur de son roi, Louis XIV qui à 23 ans vient de prendre les rênes du pouvoir. Nicolas Fouquet est alors le surintendant des finances, l’homme qui a la main sur les trésors de l’État. Un homme dont la puissance, la fortune et sûrement l’arrogance agacent bien des courtisans, à commencer par Colbert, l’autre potentat du pouvoir.

Leur rivalité n’est un secret pour personne et depuis la mort de Mazarin, premier ministre, le roi sait qu’il doit choisir entre le parti de l’écureuil, emblème des Fouquet et la couleuvre héraldique des Colbert.

Alors que le jeune souverain, suivi de toute sa Cour, pénètre sur les terres de Vaux-le-Vicomte, les dés sont déjà jetés…

« C’est une terre où je voulais laisser quelques marques de mon état ». Fouquet n’a pas imaginé son château comme une agréable résidence d’été mais il l’a rêvé comme une allégorie de sa réussite, une œuvre d’art intégrale, magistrale. Il a fait appel à trois maîtres de son temps, l’architecte Louis Le Vau, le décorateur et peintre Charles Le Brun et le jardinier André Le Nôtre.

Ici, ils vont magnifier l’architecture classique et poser la grammaire du jardin à la française. « Le château et les jardins sont conçus comme une continuité. Depuis le centre de la place des bornes, vous apercevez, grâce la transparence du vestibule, la statue de Hercule qui se trouve, à plus d’un kilomètre, de l’autre coté du château» souligne Hortense, notre guide.

VISITER VAUX-LE-VICOMTE

À moins de 50 kilomètres du sud de Paris,  Vaux-le-Vicomte est facilement accessible en voiture, mais aussi en train on en navette. Et pourquoi pas pour un diner aux chandelles?

Reflet dans le Grand-Miroir 

 

L’ensemble des bâtiments et du jardin, pensé selon un axe Nord-Sud, repose sur le potentiel qu’offre le vallon. Avec un seul mot d’ordre, « l’embellissement d’un lieu aussi beau ». Ainsi le cours de la rivière l’Anqueil, détournée et enterrée, alimente le canal et les nombreuses pièces d’eau pendant que les terrasses accentuent les dénivelés naturels du terrain. Le jardin s’inscrit dans un rectangle de 350 mètres de large sur près d’un kilomètre deux de long. 

« Le Nôtre s’est joué des perspectives. Vus du château, les bassins apparaissent de dimension identique, alors qu’en réalité les plus éloignés ont une taille bien supérieure. Cet effet dit de perspective ralentie réduit l’impression de longueur, donnant à voir au premier coup d’œil un jardin à taille humaine.», reprend notre guide. Au fur et à mesure que le promeneur s’éloigne du château, il découvre des terrasses, des cascades, des échappées latérales jusqu’à ce qu’il se retrouve face aux eaux du grand canal, dont il n’avait pu deviner la présence. 

Le mot de Jean-Philippe

"Sa "petite" taille permet d'embrasser du regard l'ensemble parfait que constituent les architectures des bâtiments et des jardins. Et pour la vue, n'hésitez pas à grimper jusqu'au lanternon !"

« Un fort beau quarré d’eau est posé au bout de cette allée, au delà duquel le Roy trouva deux cascades qui arrêtèrent sa vue et sa promenade par leur beauté et par la grande quantité d’eau qui s’y voit*. Et lorsque l’on se retourne vers le château c’est pour découvrir que sa façade se reflète dans le bassin du Grand-miroir, malgré la distance qui sépare le bâtiment de son image. On n’ose imaginer ce que fut le spectacle de ce château étincelant de mille feux ce soir d’aout 1661. Suivons justement le roi qui s’en retourne vers le Grand Salon où l’attend un incongru préparé par le fameux Vatel. « L’on nous donna des faisans, ortolans, cailles, perdreaux, bisques, ragoûts et d’autres bons morceaux, de toutes sortes de vins en abondance.*

Ici Le Nôtre posa les bases de la grammaire du jardin à la Française.

Les cuisines du château, si chères à Vatel…

Le Grand Salon, la pièce d’apparat par définition, est une vaste salle ovale coiffée d’une coupole. Long et haut de 18 mètres, il est le théâtre où le pouvoir s’expose. On y fait patienter les invités, danser la cour, et souper le roi sous l’œil de quelques empereurs romains. De chaque côté, il s’ouvre sur les appartements d’apparat. Là encore, Fouquet a demandé à l’architecte d’innover. Pas d’enfilade de pièces mais la juxtaposition de petits appartements composés de chambre, d’antichambre, de cabinet et de salon qui rivalisent de stucs, de peintures et de tapisseries.

Charles le Brun – qui n’est pas encore premier peintre du roi – a laissé cours à son imagination. Empruntant au maniérisme italien, ses muses ont une sensualité qu’il ne se permettra plus guère à Versailles.

« Le Roy trouva encore les 24 violons dans le château, qui jouoient avec tant de douceur et si juste qu’il s’arrêta pour en avoir le plaisir. Après quoi le Roy partit pour Fontainebleau aprez avoir témoigné à ce grand Ministre qu’il étoit fort satisfait du divertissement.* On imagine aisément Fouquet, épuisé et ravi. Sa fête a définitivement marqué les esprits. Certainement bien plus qu’il ne le pense alors.

Les réjouissances, trop somptueuses pour un roi qui manquait en permanence d’argent, ne furent pourtant pas l’élément déclencheur de son arrestation. Persuadé des malversations financières du surintendant, Louis XIV avait pris sa décision bien avant, mais attendait le moment idoine. L’arrestation eut lieu trois semaines plus tard à Nantes.

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Le Grand Salon est la pièce centrale autour de laquelle s’articulent toutes les autres pièces du château.

S’ensuivit un procès interminable au terme duquel Fouquet fut condamné au bannissement perpétuel. Peine que le roi s’empressa de commuer en emprisonnement à perpétuité. Fouquet n’eut l’autorisation de revoir sa femme et ses enfants que bien des années plus tard. Il mourut à l’âge de 65 ans sans jamais être revenu à Vaux.

 

Dés lors le château connut plusieurs propriétaires et diverses fortunes. Bassins et fontaines ne furent bientôt plus qu’un vague souvenir sur quelques anciennes gravures. En 1875, le château est acquis aux enchères par Alfred Sommier. 

Depuis, Vaux n’a plus quitté cette famille qui, en remettant en fonction les principaux bassins, en restituant les parterres à la française et en acquérant du mobilier d’époque, a su redonner tout sa magnificence à ce chef-d’œuvre des arts français. Et qui reste, comme l’avait tant souhaité son commanditaire, une allégorie du pouvoir… et de sa fragilité. Quo non ascendet ?  (« Jusqu’où ne montera-t-il pas ? » ) n’était-elle pas la devise de Fouquet, l’écureuil qui voulait tutoyer le soleil.

* Félibien, Relation des magnificences faites par Mr Foucquet.

L’ancienne antichambre du roi est devenue la bibliothèque. Le bureau est attribué à André-Charles Boulle, le plus fameux ébéniste des XVIIe et XVIIIe siècles.

VISITER LE CHÂTEAU DE VAUX-LE-VICOMTE

Le château est ouvert tous les jours, des premiers feux du printemps jusqu’aux lueurs de l’Épiphanie. Diners aux chandelles, parcours aventureux dans une rivière souterraine et expositions temporaires, il se passe toujours quelque chose au château de Vaux-le-Vicomte. 

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