L’entretien

Eric Balian

« Un voyage réussi, c’est d’abord un bon scénario »

A la tête de la société Terres d’aventure depuis 2009, le manager Eric Balian fait évoluer la marque fétiche des baroudeurs avec son temps. Portrait-voyageur d’un passionné de outdoor, de la Costa Brava au Sahara en passant par l’Arménie.

BIO EXPRESS

Eric Balian, 49 ans, Directeur Général de Terres d’Aventure

Après des études en Angleterre et en Espagne, et un diplôme de l’école de commerce ESCP Europe en 1992, Eric Balian débute sa carrière professionnelle à Madrid en 1992 dans une filiale de la société d’information financière Fininfo. Au cours des 16 ans passés dans cette entreprise, il a occupé des postes de vente, marketing, Direction commerciale en Espagne avant de développer, à partir de 2000, l’activité Internet et produit en France. Depuis 2009, il est Directeur Général de Terres d’Aventure, tour opérateur spécialisé dans le voyage d’aventure. Passionné de sport (course à pied, VTT, tennis), Eric Balian a participé à de nombreux trails, dont le Marathon des Sables en 2010, lui permettant ainsi d’allier la marche, la course et la découverte de nouvelles régions du monde.

BIO EXPRESS

Eric Balian, 49 ans, Directeur Général de Terres d’Aventure

Après des études en Angleterre et en Espagne, et un diplôme de l’école de commerce ESCP Europe en 1992, Eric Balian débute sa carrière professionnelle à Madrid en 1992 dans une filiale de la société d’information financière Fininfo. Au cours des 16 ans passés dans cette entreprise, il a occupé des postes de vente, marketing, Direction commerciale en Espagne avant de développer, à partir de 2000, l’activité Internet et produit en France. Depuis 2009, il est Directeur Général de Terres d’Aventure, tour opérateur spécialisé dans le voyage d’aventure. Passionné de sport (course à pied, VTT, tennis), Eric Balian a participé à de nombreux trails, dont le Marathon des Sables en 2010, lui permettant ainsi d’allier la marche, la course et la découverte de nouvelles régions du monde.

  • Quel est votre premier souvenir de voyage?

« Quand j’étais enfant, dans les années 1980, je ne voyageais pas au sens où on l’entend aujourd’hui : je partais en vacances… Le rituel était immuable. En juillet, je quittais Paris pour la maison de mes grand-parents en Corrèze. Mon grand-père venait nous chercher à l’aube, mon frère et moi, au volant de son Ami 8 couleur caca d’oie, aux fenêtres mangées par la mousse. Sur la N7, il y avait l’incontournable étape à Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, pour la pause chocolat chaud-croissants… En août, nous repartions pour notre second lieu de vacances, sur la Costa Brava, en Espagne. De la gare de Limoges, le voyage dans le train de nuit pour Perpignan était interminable mais quand on apercevait la mer et les flamants roses à Sète, on savait qu’on approchait du but! Notre destination finale, c’était le village de L’Escala, dans la baie de Roses, où mes parents avaient acheté un terrain et fait construire une maison au bord de la mer. Mon paradis! A l’époque, j’étais passionné de planche à voile, je faisais cinq aller-retours par jour sur la plage pour guetter le vent et je passais ma vie sur l’eau, sur ma Tiga Jibe. Jamais je n’ai retrouvé cette sensation grisante de glisse et de vitesse, ce plaisir d’être seul, sur l’immensité bleue… »

  • Où vous ont emmené vos études, vos premières expériences professionnelles?

«Partout en Europe! En 1989, j’ai été reçu à l’école de commerce EAP (aujourd’hui ESCP-EAP). Le cursus se déroulait en trois ans, dans trois villes différentes : Oxford, puis Madrid et Paris. C’est l’Angleterre qui m’a laissé le souvenir le plus vivace. Pour la première fois, je me retrouvais libre, indépendant. J’ai déménagé 10 fois pendant ma première année d’études, vécu en co-loc avec des jeunes de toutes les nationalités et adoré la culture universitaire britannique. Il y avait notre “cantine”, une immense salle à la Harry Potter, les parties de tennis sur les pelouses manucurées du parc de l’Université, les virées randonnées en Ecosse les week-ends… En 1992 – j’avais alors 23 ans-, j’ai fait mes débuts dans une société d’information financière, la Fininfo à Madrid. J’y ai passé 8 ans, en commençant par la saisie de données puis en gravissant les échelons jusqu’à la direction commerciale. Vivre à Madrid à cet âge-là a été une expérience fabuleuse. J’ai aimé les appart’s ensoleillés, les cours fleuries des vieux immeubles madrilènes, les chiringuitos, les petits bars roots du Paseo de la Castellana, la mixité sociale, en grande partie liée au football : banquiers et ouvriers suivaient ensemble les matchs dans les bars, tout le monde connaissait par coeur les équipes, les résultats. Durant ces années, j’ai aussi exploré le pays à fond : j’ai découvert Ségovie, Tolède, Salamanque; fait du ski dans les montagnes madrilènes, de la planche à voile à Tarifa, du VTT dans la Sierra de Guara. Et je me suis entraîné pour mes premiers marathons dans le parc du Retiro, à Madrid… »

  • En 2009, vous devenez directeur de Terres d’Aventure. Comment êtes-vous passé du monde de la finance à celui du voyage, de l’aventure?

« En 2000, je suis rentré en France avec ma femme, Catherine. Notre petite famille s’est agrandie : après Pablo, né en Espagne, sont arrivés Julie et Mathias. Durant plusieurs années encore, j’ai continué à travailler pour la Fininfo à Paris. Et puis en 2009, d’anciens collègues et amis – devenus entre temps actionnaires fondateurs de Voyageurs du Monde – m’ont proposé le poste de directeur de Terres d’Aventure. Le milieu de l’outdoor m’attirait beaucoup. Et si je ne connaissais pas l’univers du voyage, j’avais les compétences requises en matière de gestion, d’analyse, de management, d’informatique… J’ai dit banco! D’un jour à l’autre, je suis passé d’un monde d’ingénieurs, sortis des meilleures écoles, souvent brillants, extrêmement rationnels – mais parfois un peu ennuyeux, il faut l’avouer – à un univers de baroudeurs, formés sur le tas, énergiques, passionnés, carburant à l’empathie et à l’émotion. Il m’a fallu apprendre à gérer ces équipes complètement différemment. J’ai découvert le fameux esprit Terdav!»

  • Cette entreprise était déjà une référence en matière de voyage d’aventures, qu’y avez-vous changé?

« Il y a 10 ans, Terre d’aventure traversait une période charnière. Nous étions devenus les gourous du voyage d’aventure, mais il était temps de faire monter en gamme les services et de mieux répondre aux nouvelles tendances, aux attentes des clients. En soi, chaque élément constitutif d’un voyage paraît simple : l’avion, l’hôtel, le guide, le parcours… Mais pour qu’il soit une réussite, dans le fameux esprit Terdav, il faut agencer, “huiler” ces éléments dans un ordre idéal. Tout doit être scénarisé, pour que les clients arrivent au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes. C’est ce que j’appelle le voyage émotionnel. Pour parvenir à ce résultat, il a fallu innover, dans tous les domaines : nous avons développé notre offre, avec les voyages sur mesure et en liberté, les voyages en famille, les voyages à vélo. Les équipes ont été rajeunies, l’achat en ligne sur internet et le conseil améliorés. Et je ne suis pas peu fier de nos nouveaux outils de communication “maison”, le Festival du film Objectif Aventure ou notre magazine Terre. Plus que jamais, nous nous sommes aussi engagés sur le respect de l’environnement, le partage des valeurs, la rencontre avec l’autre. Aujourd’hui, Terres d’aventure est une marque solide, qui emploie 170 personnes, fait travailler un millier de guides en France et à l’étranger et collabore avec plus de 500 sociétés-partenaires.»

  • A-t’on encore le temps et l'envie de bouger, quand on dirige une entreprise spécialisée dans les voyages?

« Il faut le prendre! Il y a d’abord les voyages professionnels, obligatoires pour rencontrer nos nouveaux partenaires à l’étranger, assister aux forums, aux salons, aux réouvertures de certains lieux. Ce sont généralement des formats courts, de quelques jours seulement, au rythme intense. Il m’arrive de visiter vingt hôtels dans la même journée! Pas l’idéal pour découvrir un pays, sauf quelques rares exceptions. En 2016, par exemple, j’ai accompagné un groupe de journalistes sur un nouveau parcours-randonnée en Arménie. Une expérience à part pour moi, car mes grands-parents ont fui ce pays en 1920, après le génocide, pour venir s’installer en France. C’est là que sont nés leurs sept enfants, dont mon père. C’était la première fois que je partais là-bas, et j’ai été sensible à la beauté sauvage des montagnes du Caucase. Mais j’ai aussi eu l’étrange impression de retrouver des choses familières : l’accueil à l’arménienne, la musique particulière de la langue que j’ai entendu mon père, mes oncles et tantes parler dès l’enfance, le goût de la cuisine, l’atmosphère mystique des anciennes églises, remontant aux premiers temps de la chrétienté. Un voyage d’autant plus émouvant pour moi que je venais de perdre mon père.«  

La Bande-annonce du festival du film Objectif Aventure 2019.

  • Pratiquez-vous aussi les voyages en famille, que vous avez initiés à Terres d'Aventure?

« Ma femme et moi, nous avons commencé à voyager avec les enfants dès leur plus jeune âge et nous programmons au moins un grand périple tous les deux ans. Les Eoliennes, le Vietnam, l’Islande, l’Ouest américain, le Canada… chacun de ces séjours m’a laissé des souvenirs très forts. Partir en famille, où que l’on aille, c’est pour moi l’occasion de recréer un lien avec mes enfants, de partager avec eux des expériences à part, de leur transmettre mes valeurs, aussi. La difficulté, c’est de trouver le bon rythme pour tous. Moi je ne tiens pas en place, j’adore partir à pied et découvrir des coins inconnus, mais j’estime parfois mal les difficultés et les temps de parcours des randonnées. Résultat : les miens trouvent parfois que je les tyrannise! Pourtant je garde en tête le souvenir de mon plus jeune fils – il avait alors 6 ans – grimpant vaillamment les pentes du Stromboli, dans les îles Eoliennes. C’est une longue et assez rude ascension, et le décor de ce volcan qui gronde et qui crache des gerbes de lave dans la mer, est impressionnant. Il a marché en tête du cortège pendant tout le parcours, sans jamais faiblir, galvanisé par le challenge!»

  • Quel est l’endroit du monde qui vous attire le plus aujourd’hui?

« J’adore les contrastes, j’aime passer de la frénésie des grandes villes à des lieux calmes, isolés. Mais j’ai une attirance particulière pour le désert marocain, où je viens de courir la 34ème édition du Marathon des Sables. Il s’agit d’une épreuve par étapes, qui se déroule en 6 jours, sur 250 km. La particularité, c’est que l’on part en autosuffisance alimentaire : chacun doit porter sa nourriture, son sac de couchage, ses affaires, seule l’eau est fournie. Le soir, les équipes se retrouvent pour dormir au bivouac à la dure et à la belle étoile. Il y a parfois des moments éprouvants, la chaleur, les parcours dans les dunes. Mais s’immerger dans le désert, totalement déconnecté, sans autre but que me déplacer, me nourrir, dormir, partager l’expérience avec mes compagnons d’aventure m’offre le repos de l’esprit. »

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