équateur

Dans les pas de l'homme le plus haut du monde

Voyage Grand format

LE CŒUR DE L’ÉQUATEUR BAT AU RYTHME DE SES VOLCANS, PARMI LES PLUS HAUTS DU MONDE. DIFFICILE DE RÉSISTER À L’APPEL DES SOMMETS SURTOUT LORSQUE  L’ON PREND POUR GUIDE L’UN DES PLUS GRANDS HUMANISTES DU XIXE SIÈCLE, ALEXANDRE DE HUMBOLDT.

4 560 mètres d’altitude. Jamais mes pieds ne m’ont porté si haut. Perdu dans des brumes, envahi de nuages. Calés contre un petit bout de sommet, surplombant un vide sondant dans les nuées, pyramidion caillouteux où nombre de ceux qui nous ont précédé ont laissé la marque ostentatoire de leur passage. Quelques photos pour immortaliser l’instant, engoncés dans nos vestes top Gore-tex, nos doudounes triple épaisseur et nos gants anti-transpiration. Nous voici donc sur le premier sommet de notre trekking peak en Équateur, qui en compte trois : l’Imbabura – c’est fait – l’Iliniza nord, 5 116 mètres, et pour finir, le Cotopaxi, un véritable 5 970 mètres. Courir les cimes n’a jamais fait partie de mes rêves, la montagne trop haute m’a toujours semblée mal adaptée à une bipédie si chèrement acquise. L’envie de s’élever n’est donc pas seule responsable de cette course andine. Un homme l’est plus encore.

En 1799, Alexandre de Humboldt part pour cinq ans à la découverte d’une partie de l’Amérique du sud. En 1802, il écrit à son frère : « Nous avons fait un séjour de presque huit mois dans la province de Quito, depuis le commencement de janvier jusqu’au mois d’août. Nous avons employé ce temps à visiter chacun des volcans qui s’y trouvent et nous avons examiné l’une après l’autre les cimes du Pichincha, Cotopaxi, Antisana et Iliniza, en passant 15 jours à 3 semaines auprès de chacune d’elles, et en revenant dans les intervalles toujours à la ville de Quito, dont nous sommes partis le 9 juin 1802, pour nous rendre aux environs du Chimborazo.» Ses travaux en géologie feront de lui un pionnier en la matière. Il fut aussi un zoologue passionné, un économiste anti-esclavagiste convaincu et un humaniste persuadé que la colonisation et son avatar, la christianisation, furent responsables de la déculturation de la civilisation indienne.

PARTIR EN ÉQUATEUR

Terre d’Aventure propose  une douzaine de treks en Équateur. Trois proposent l’ascension de plusieurs volcans dont le Cotopaxi.

Equateur - Ascension au lever du soleil

Les ascensions débutent avant le lever du soleil, Les premiers rayons qui percent la nue sont des moments de pur bonheur, réchauffant autant les corps que les coeurs

Dans la cuisine sombre aux lourds relents de graisses cuites, des femmes s’activent à la préparation du repas. Mais aux fourneaux, c’est Alfonso Morales qui fait revenir le petit corps doré. Le cui à peine dépecé a été jeté dans un bain d’huile bouillante. Le cochon d’Inde est élevé ici au rang de plat national. Difficile de refuser de croquer dans la peau dorée et la chair filandreuse alors que le petit dernier d’Alfonso se régale de la tête du rongeur. La communauté indienne Kikhwa (Quichua) de Chilcapamba reçoit les visiteurs. L’idée d’une maison d’hôtes est née de la proximité de l’Imbabura et surtout du lac Cui Cocha (« Le lac du cochon d’inde », il n’y a pas de hasard) qui attire chaque année davantage de trekkeurs. Jusqu’alors, aucune infrastructure ne pouvait les accueillir. « Le développement du tourisme permet le maintien d’une activité économique et de l’artisanat dans la région », souligne Alfonso, qui est président de la communauté et représentant au niveau national du tourisme communautaire. Autour des épis de maïs doré, des mellocos (tubercules locaux) fumants, des plats de fèves et de haricots, il évoque la longue marche des peuples indigènes pour la reconnaissance de leur culture et du droit à disposer de leur terre. Cette terre qu’il nomme Pachamama, La Terre mère, dont aujourd’hui encore, ils sont bien souvent privés.

Le mot de Jean-Philippe

« Même si je ne suis pas alpiniste et si j’ai eu bien mal aux jambes, j’ai adoré ces balades en haute montagne. Une expérience d’autant plus émouvante que les écrits de Humboldt m’ont longtemps accompagnés. »

Chahuté, bringuebalé, les yeux ensommeillés, chacun se tait. Que dire d’ailleurs, alors que le 4X4 se perd au milieu de la nuit sur une mauvaise piste. Seuls les plus prévoyants (ceux qui avaient les boules Quies) ont pu profiter de la courte nuit qui nous était offerte. Quelque part dans le village de Chaupi, la fête a battu son plein à un rythme soutenu sur lequel chacun a pu décompter ses courtes heures de repos. Il est 3 h 30 du matin lorsque le véhicule s’arrête quelque part aux pieds des monts Ilinizas. «Parmi les cimes colossales que l’on découvre autour de la ville de Quito, celle d’Iliniza est une des plus majestueuses et des plus pittoresques. Le sommet de cette montagne est divisé en deux pointes pyramidales. Il est probable que ces pointes sont les débris d’un volcan écroulé. »

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Sommet de l’Imbabura. 4 560 mètres d’altitude.

Le dôme du Cotopaxi.

Alexandre de Humboldt, lors de son expédition en  Amérique du Sud.

De ses expéditions sur les montagnes en Équateur, Humboldt, ancien ingénieur des Mines, revient avec la certitude que toutes sont d’anciens volcans qui tracent deux chaînes parallèles, séparées par une vallée, qu’il nomme l’Avenue des volcans. « Malheur au genre humain si le feu volcanique se fait jour, car on peut dire que tout le haut plateau de Quito est un seul volcan à plusieurs cimes » écrit-il à l’un de ses amis. Mais l’Iliniza est un bon vieux volcan érodé et tranquille. Ses deux pointes, qui ne menacent personne, ne font plus frémir que les trekkeurs. Si les deux pics sont praticables pour les néophytes, le Sud couvert de neiges éternelles s’adresse aux alpinistes expérimentés. C’est donc vers la voie du nord que nous conduisent nos pas.

Ombres dans la nuit, file de lucioles bien disciplinée, lampe portée au front, nous suivons la sente qui doucement grimpe le long des flancs de l’Iliniza. Mais notre pouvoir est immense. Le soleil ne peut plus longtemps supporter pareil concurrence, alors lui aussi allume ses premiers feux. Une lumière bleue, presque froide vient baigner la mer de nuages.

Et alors que modestement, les unes après les autres, s’éteignent nos lumières, le ciel vire aux couleurs chaudes, palettes d’orange et de jaune qui balaient l’horizon. Seuls les sommets alentours, îlots égarés dans les brumes, refusent de se prêter à cette frénésie lumineuse, conservant la noirceur de leur nuit. Le monde n’a plus de haut ni de bas, nous marchons au-dessus des nuages, les montagnes sont des récifs perdus dans un courant de coton mouvant. Nous respirons le bonheur d’être là. Autour de nous les herbes sèches, hautes et coupantes, se dorent au soleil levant. L’un des grands travaux qu’entreprit Humboldt tout au long de sa longue vie, fut la géographie des plantes ; il chercha à comprendre comment la végétation se distribuait en fonction des climats et des différentes altitudes. « L’absence des arbres, l’aspect squarreux (sic) d’arbustes myrtacés à petites feuilles, l’abondance et le développement des fleurs, l’éternelle fraîcheur qu’entretient dans tous les organes l’humidité de l’atmosphère donnent une physionomie singulière à la végétation des páramos. Aucune zone de la végétation alpestre peut être comparée avec celle que présentent les páramos dans la partie tropicale de la chaine des Andes ».

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Equateur - L'avenue des volcans

C’est Humboldt qui a donné le nom d’Avenue des Volcans à cette vallée fertile, bordée de volcans, qui rejoint Quito à Riobamba.

Le páramo, ce biotope situé au-delà de 3000 mètres qui frise la limite des neiges éternelles, est composé d’herbes grasses d’où émergent parfois les silhouettes hirsutes des broméliacées. Seuls les végétaux adaptés aux températures nocturnes glaciales et au rayonnement ultraviolet intense survivent sur le sol noir et tourbeux, d’origine volcanique. Le páramo est d’une importance capital pour les habitants car son sol, telle un éponge, absorbe l’eau des glaciers, avant de la redistribuer à la vallée. Plus on monte, plus la végétation devient rase, courte, compacte. Et le sol plus caillouteux. Le végétal résiste, s’accroche pour ne plus former que de petits îlots, coussins compacts verdoyants et fleuris contre l’adversité. Lorsque nous atteignons le refuge, tâche jaune de tôles accrochées à la noirceur de la montagne, seule la blancheur duveteuse du Senecio apporte un peu de douceur à l’austérité ambiante. Nous sommes à 4 790 mètres. Première véritable pause. Barres de céréales, fruits secs, noix, boissons énergisantes. Chacun ses préférences. Quelques-uns d’entre nous décident de ne pas monter plus haut.

Dans un monde strictement minéral et instable, le sentier s’accroche entre arrêtes et dénivellations plus ou moins vertigineuses. Premières fatigues. Chaque pas, chaque geste est un effort, chaque respiration demande de plus en plus de profondeur, cherche l’air. Se moquer de ce mal de crâne qui persiste pour vous rappeler que vous ne jouez pas dans la bonne cour ; parfois une nausée donne envie de laisser tomber, de retrouver des altitudes plus humaines.

Plusieurs passages nécessitent de mettre les mains. Mieux vaut ne pas se retourner, oublier le vide. Tenir bon. Une corde permet de franchir le « Passage de la mort », plus impressionnant que véritablement dangereux. Il est presque midi, nous grimpons depuis 8 heures. Le sommet est là, à quelques mètres, je ne l’atteindrai pas. Mais qu’importe ! Malgré la fatigue, avant d’entamer la descente, je savoure ce petit exploit bien personnel, et surtout je cherche à graver dans ma mémoire l’infini bleutée du ciel et la beauté du monde.

La redescente se fait par un long pierrier. Interminable autant qu’instable chahut de pierres et de sable. Chaque pas s’enfonce dans le sol meuble, fait rouler mille cailloux. Une épreuve pour les genoux pire que la montée. Trois heures pour atteindre enfin la douceur des bosquets de polylepis. L’arbre à papier à l’écorce rouge trace la limite entre le páramo et la vallée, les hommes…

Une jupe bleu marine qui descend jusqu’aux chevilles, un chemisier blanc aux fines broderies assorties à la large ceinture qui tient la jupe, une couverture jetée sur les épaules, un couvre-chef taillé dans un morceau de tissu de laine et des dizaines de rangées de perles dorées de pacotille en guise de collier… Une femme attend. Comme le porc roux et velu qu’elle tient au bout d’une corde. Pas plus pressés l’un que l’autre de rejoindre la foule qui se tient à quelques mètres.

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ALEXANDRE DE HUMBOLDT, L’HOMME DU COSMOS

Né dans une riche famille prussienne en 1769, Alexandre de Humboldt reçoit une éducation qui le promet à une carrière administrative d’ingénieur. Le décès de sa mère lui permet d’hériter d’une confortable fortune. Il convainc le roi d’Espagne de lui laisser mener une expédition dans ses colonies d’Amérique du Sud. En compagnie d’Aimé Bonpland, un botaniste français, il s’embarque en 1799 pour ce que l’on considère être aujourd’hui la toute première expédition à but purement scientifique. Grâce à ses moyens financiers, il se procure les instruments (boussoles, baromètres, sextants, télescopes…) les plus sophistiqués de l’époque. Iles des Caraïbes, Amazonie, Cordillère des Andes, Mexique, les deux savants voyagent durant cinq ans, accumulent des milliers de données. De retour en Europe, où ses exploits ont fait la une des journaux, Humboldt s’installe à Paris. Membre de l’Académie des sciences, il collabore avec tous les grands savants de l’époque. Après avoir passé vingt ans en France, à la demande du roi Frédéric-Guillaume III, il rentre dans son pays natal où il poursuit sa carrière scientifique. En 1834, il entame la rédaction de Cosmos, une encyclopédie des savoirs universels de l’homme. Il a 74 ans. Il s’éteint en 1859, à près de 90 ans, après avoir achevé le cinquième volume de Cosmos.

ECOUTEZ

Humboldt, un humaniste sous les Tropiques de Jean-Philippe Noël. Une fiction diffusée sur France-Inter.

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Equateur Rencontre Campagne

Rencontre dans la campagne équatorienne.

À Otavalo, dans le haut de la ville, le samedi est le jour du grand marché. Veaux, vaches, cochons, poules s’échangent au même rythme que les billets usés qui disparaissent dans les replis des ponchos. On observe la bête, on fait mine de ne pas s’y intéresser, on revient inspecter la rondeur des flancs, la luisance du pelage, on soupèse la poule, on doute des arguments du vendeur, le prix est discuté. L’affaire se fait… ou pas.

Au centre de la ville, les étals de bananes locales (une dizaine de variétés – L’Equateur est le premier exportateur mondial) côtoient de mauvaises baskets made in China, alors que sous les halles du marché couvert, des hornado, porcs entiers grillés, convient à se restaurer d’une fritada(tranche de lard) accompagnée de motte(maïs concassé).

Les véhicules nous abandonnent dans un paysage gris, désolé, austère. Le parking se trouve à 4 500 mètres sur les flancs du Cotopaxi. Nous ne distinguons rien de l’imposante silhouette dissimulée dans une brume froide, seulement animée par des vagues de grésil qui piquent le visage. Les uns après les autres, sac au dos, nécessaire pour une nuit, nous disparaissons dans les volutes. Nos pieds s’enfoncent dans la cendre refroidie qui forme un épais tapis. Heureusement, la montée régulière ne présente aucune difficulté. Nous attaquons notre dernière ascension, celle qui nous mènera au sommet du Cotopaxi, 5 900 mètres !

« La forme du Cotopaxi est la plus belle et la plus régulière de toutes celles que présentent les cimes colossales des hautes Andes. C’est un cône parfait qui, revêtu d’une énorme couche de neige, brille d’un éclat éblouissant au coucher du soleil, et se détache d’une manière pittoresque de la voûte azurée du ciel.

Cette enveloppe de neige dérobe à la vue de l’observateur jusqu’aux plus petites inégalités du sol, aucune pointe de rocher, aucune masse pierreuse ne perce à travers ces glaces éternelles, et n’interrompt la régularité de la figure du cône. » Après une petite heure de marche, nous atteignons notre première étape, le refuge de José J.Riba, situé à 4 800 mètres.

« Humboldt, gloire de la science et véritable découvreur de l’Amérique, qui visita et escalada le Cotopaxi pour percer ses mystères ». Dans la grande pièce en bois, une plaque de métal immortalise le visage encore poupin du jeune baron. Autour des longues tables de sapines claires, les discutions roulent sur l’ascension de demain, la tenue la plus adaptée, le MAM (mal aigu des montagnes). Pour la plupart d’entre nous, c’est une première à près de 6 000 mètres, et le paysage promet toutes les folies. La progression se pratiquant sur un glacier, pas question de s’y aventurer sans être encordés, un guide par binôme. Les guides sont seuls maitres décisionnaires mais chacun a déjà fait dans sa tête le choix de son partenaire.

Vérification du matériel, ajustement des harnais, et des crampons, casques et piolets dans les sacs. L’ambiance est joyeuse, pleine des promesses d’un paysage d’une rare beauté. Une soupe de quinoa et un plat de pâtes achèvent copieusement la journée. 20 heures, nous allons nous coucher, dehors le vent ne s’est pas calmé. Et il ne se calmera pas.

Equateur - Cotopaxi - Le volcan émerge des nuages

Sommet du Cotopaxi perdu dans une mer nuageuse. 5 897 mètres d’altitude et plus haut volcan actif du pays !

À une heure du matin, heure prévue de notre départ, José-Luis, notre guide en chef, nous avertit qu’il a même redoublé, on l’entend mugir sous les solives. Les plus curieux se lèvent pour s’en assurer, le sol en pierre de la terrasse n’est qu’une vaste patinoire. Il est prudent d’attendre, une heure, deux peut-être. Mais les dieux de la montagne ne sont pas disposés en notre faveur. Pas question de prendre le risque de gravir les pentes glacées du volcan.6 h 30 du matin, les cafés fument dans les bols, les mines défaites par une nuit qui n’en fut pas une. Les nuées froides dansent en rafales autour du cratère. Combien de temps cela peut-il durer. La journée ? Plusieurs jours ? Personne ne sait. Ici aucune station météo n’est reliée au refuge. Attendre, redescendre, la discussion s’anime jusqu’à ce que face à l’indécision, José-Luis propose d’aller voir le Chimborazo.

C’est à regret que nous quittons le sommet promis. Les crampons sont restés dans le fond de nos sacs. Le sommet si parfait, si espéré est toujours perdu dans les nuages et nos esprits restent encore embrumés. Direction le nord du pays. La Panaméricaine emprunte l’Avenue des volcans, dont les noms s’égrainent, chacun avec son histoire.

En 1999, le réveil du Guagua Pichincha, inactif depuis 1660, menaça de ses cendres la capitale Quito. Les éruptions du Tungurahua d’août 2006 provoquèrent l’évacuation des 20 000 habitants de la ville de Baños et ensevelirent plusieurs hameaux sous des coulées de lahars, mélange de cendres et de boue. Considéré par la population comme éteint, le Cayambe, où la ligne de l’Équateur atteint son point le plus élevé, pourrait, selon les vulcanologues, se réveiller, menaçant directement plus de 30 000 personnes. Car l’Avenue andine, riche de la fertilité de ses sols volcaniques et de son climat favorable, est la région la plus densément peuplée du pays.

Tout au long de la route, les contreforts des volcans se parent de véritables damiers bruns ou verts. Chaque parcelle est un défit à l’apesanteur, où des hommes et des femmes, toujours chapotés et arcboutés à leur houe s’accrochent à leur terre. « Ces villages annonçant l’industrie d’un peuple montagnard, ces pâturages couverts à la fois de troupeaux de lamas et de brebis d’Europe, ces vergers bordés de haies vives de Duranta et de Barnadesia, ces champs labourés avec soin et promettant de riches moissons de céréales, se trouvent comme suspendus dans les hautes régions de l’atmosphère.»

Equateur - Jour de marché à Otavalo, au pied de l'imbabura, le plus grand marché du pays

Jour de marché à Otavalo, au pied de l’Imbabura, se tient le plus grand marché du pays.

Entre gorges et vallons, le cours du rio Ambato se fraie un passage au cœur des cultures d’altitude de fèves, de papas ou de lupins, qui ne craignent pas de fleurir à plus de 4 000 mètres d’altitudes, là où le fleuve puise ses eaux, près du point de la Terre le plus proche des étoiles. Situé juste au niveau de l’Équateur, haut de 6310 mètres, le Chimborazo profite de la rotondité de la Terre pour s’élancer le plus loin dans l’espace par rapport au centre de notre planète (Le diamètre de la terre à l’Equateur est supérieur de 21 km au diamètre Pôle Nord-Pôle Sud.) Mais c’est surtout à Humboldt que le point culminant du pays doit sa célébrité. Il lui permit d’être, à son époque, l’homme le plus haut du monde. « C’est sur une arête étroite qui sort du milieu des neiges, sur une pente méridionale, que nous avons tenté de parvenir, non sans danger, MM. Bonpland, Montufar et moi, à la cime du Chimborazo. Nous avons porté des instruments à une hauteur considérable (…) Le point où nous nous sommes arrêtés pour observer l’inclinaison de l’aiguille aimantée, paraît plus élevé que tous ceux auxquels des hommes étaient parvenus sur le dos des montagnes : il excède de onze cents mètres la cime du Mont-Blanc (…) Nous sentîmes tous un malaise, une débilité, une envie de vomir qui certainement provient autant du manque d’oxygène de ces régions, que de la rareté de l’air. »

« Les Indiens qui nous accompagnaient nous avaient déjà quittés avant que d’arriver à cette hauteur, disant que nous avions l’intention de les tuer (…) Le peu de séjour que nous fîmes à l’énorme hauteur à laquelle nous nous étions élevés était des plus tristes et lugubres. Nous étions enveloppés d’une brume qui ne nous laissait entrevoir de temps en temps que les abîmes affreux qui nous entouraient. Aucun être animé, pas même le condor qui, sur l’Antisana, planait continuellement sur nos têtes, ne vivifiait les airs. De petites mousses étaient les seuls êtres organisés qui nous rappelaient que nous tenions encore à la terre habitée. » Désormais, une piste permet de monter en véhicule jusqu’au refuge du Chimborazo, à 4800 mètres. Puis de rejoindre à pied le refuge Whymper, le point de départ de l’ascension du glacier, à 5000 mètres. Mais le vieux volcan reste une course difficile, réservée aux andinistes chevronnés.  Humboldt n’a jamais conquis le sommet du Chimborazo, pas plus que le Cotopaxi ne nous a offert l’ivresse de son pinacle. La montagne n’est pas une maîtresse facile, mais qu’importe. La déception passée, reste le plaisir de la course, la joie de la balade et des rencontres qui la jalonne. Et il n’est pas besoin d’atteindre les toits des Andes pour simplement penser avec humboldt: «Que la nature est grande et majestueuse dans ces montagnes.»

TUTOYER LES SOMMETS ANDINS

Pas question de se rendre en « trekking peaks », sans une excellente condition physique et une bonne pratique de la marche à pied. Ne présagez pas de vos forces et soyez certain de ne pas craindre le vertige. Sinon, le plaisir de la grimpette pourrait vite se transformer en cauchemar.

Séjours et circuits : L’agence Terre d’Aventure propose « l’Ascension du Cotopaxi » en 11 jours avec  ascensions de 3 volcans qui permettent de s’acclimater en douceur.

A lire. Lonely Planet Équateur, Gallimard. Humboldt l’explorateur de Pierre Gascar, Actes Sud Les arpenteur du ciel de Daniel Kehlmann, l’aventure romancée de Humboldt en Amérique.

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