L’entretien

Élodie Marchais

« Écoute petite, les Français c’est comme le camembert, ça voyage mal ! »

A l’UCPA, Elodie Marchais est directrice de l’unité « Voyages ». Perchée sur ses talons, cette baroudeuse  infatigable vous embarque dans son amour revendiqué et contagieux du tourisme.

BIO EXPRESS

1972 : Naissance en Ile de France.

1994 : Maîtrise de langues. Traductrice spécialisée/technique anglais et espagnol

1994-1995 : Accompagnatrice de groupes Comités d’entreprises pour différentes agences

1996-2001 : Cheffe de produits Europe et responsable du réceptif chez le voyagiste Pleine Evasion

2001-2007 : Responsable  du département international de VVF Vacances

2007  : Directrice Unité Voyages à l’UCPA.

  • Vos premiers souvenirs de voyage ?

«Gamine, comme je vivais non loin d’Orly, j’allais voir les avions décoller. J’aimais l’ambiance des aéroports. Dès l’âge de 14 ou 15 ans, je voulais travailler dans le tourisme. Je ne savais pas très bien dans quelle branche, mais ce serait le tourisme. C’était une vocation et cela ne faisait aucun doute. Je n’étais pas d’une famille de grands voyageurs, mais très tôt, je suis partie en colos itinérantes, à l’étranger, un peu partout dans le monde, en Autriche, en Hongrie, en Yougoslavie, en Italie. Un de mes plus beaux souvenirs se situe en Tunisie. Lors de ces colos, on disposait d’un budget et avec nos moniteurs, on décidait au jour le jour de notre programme. Un matin, on a embarqué pour les îles Kerkennah, un petit archipel au large des côtes tunisiennes. Si aujourd’hui le tourisme s’y développe un peu, à l’époque, il n’y avait rien, pas même un hôtel. Seulement quelques pêcheurs. On s’apprêtait à dormir sur la plage, lorsqu’un enfant s’est approché et nous a proposé de loger chez lui. Ce fut un moment magique, hors du temps. Cette famille de pêcheurs qui nous a ouvert sa porte, qui avait une vie aux antipodes de la nôtre, a hébergé généreusement la quinzaine d’ados que nous étions. La mère m’a même fait essayer ses tenues traditionnelles. C’était en pleine période de Ramadan et on nous a réveillé à une heure du matin pour partager les macaronis à la harissa. Trente ans après je m’en souviens avec la même émotion.»

  • Malgré votre envie de tourisme, ce n’était pas gagné !

« Loin de là ! J’ai passé un bac littéraire et langues avec l’anglais et l’espagnol. Je me disais qu’ainsi je pourrai bavarder avec la moitié du monde. Il y avait aussi du latin, mais ça m’intéressait beaucoup moins ! Ensuite, je me suis naturellement tournée vers un BTS public en tourisme, il n’y en avait que deux en France à l’époque. J’ai postulé à celui de Paris, à Bessières. Il avait une bonne réputation. Et je me suis fait jetée parce que j’avais de mauvaises notes en philo. Entre nous, je ne vois toujours pas le rapport ! Je me suis donc dirigée vers une fac de langues pour devenir traductrice spécialisée, ce qui ne me tentait pas du tout… Seulement en dernière année de fac, il fallait faire un stage long. Je ne sais plus par quel truchement, j’en décroche un chez Jet Tours, à la production de voyages. Et là, tout me confirme que le tourisme, c’est bien ma voie. Ensuite, je bosse pour une agence grecque qui a des clubs de vacances dans le Péloponnèse. Lorsque je suis engagée, le patron me dit : « Écoute petite, les Français c’est comme le camembert, ça voyage mal. » Grâce à lui, j’ai pu faire une saison en club pour voir comment cela se passait sur le terrain. Et j’ai été confortée dans mon choix, même si les Français voyageaient effectivement comme des camemberts, que le tourisme ne payait pas, que l’on n’était pas aux 35 heures et qu’il fallait parfois que je m’improvise prof de sirtaki ! »

  • Après un passage par différentes agences, le département congrès-séminaire-voyage d’un labo pharmaceutique et même un an au Paradis latin, vous entrez à l’UCPA...

La directrice de l’agence marketing de l’UCPA m’a contactée car un poste qui correspondait à mes compétences se libérait. Dès mon arrivée, j’ai choqué mes collaborateurs en leur parlant d’objectifs, de chiffres d’affaire et surtout de marges. Et ils m’ont répondu que je travaillais désormais pour une association à but non lucratif… Mais j’étais convaincue, et je les ai convaincus, que si une association n’a pas pour but de faire du profit, elle ne doit cependant pas perdre d’argent.
La différence avec une boite privée est que les gains que nous réalisons ne sont pas destinés à des actionnaires, mais sont au service d’un projet commun. Et ce projet qui est celui de l’UCPA depuis sa création en 1965, est de rendre le sport accessible au plus grand nombre.

Avant, si vous étiez breton et si vous rêviez de devenir moniteur de ski, vous pouviez oublier direct. L’UCPA a changé cela en prônant un sport plaisir, loin de la gagne et de la compétition. Apprendre à vivre ensemble, le partage, le collectif, toutes ces valeurs étaient dans son esprit d’origine et le sont toujours. Mais je crois que les fondateurs n’avaient pas réfléchi à l’effet Kiss Cool. Mettez des jeunes, ensemble, en vacances… On était devenus le Meetic français avant l’heure. Cela nous a valu quelques fameux acronymes…Union des Célibataire en Peine d’Amour et pour le moins soft, Un Coup Par An ! Au-delà de ces blagues, l’histoire de l’UCPA est pleine de rencontres. Il ne faut pas en avoir honte, au contraire. On avait une base-line qui était : Le sport, ça connecte aux autres. Je trouve que l’on ne l’a pas assez développée.

  • Depuis sa création, l’UCPA a pourtant grandi et a même fait l’acquisition de sociétés privées.

« L’UCPA s’est effectivement rapidement ouverte à de nos nouveaux projets en France puis, à partir des années 1985, à l’étranger avec des treks au Maroc, au Canada ou au Népal. Ces dernières années, elle a fait l’acquisition de sociétés privées. Il est assez rare dans notre paysage économique qu’une association se porte acquéreur d’une SA. Mais il s’agissait véritablement de complémentarité. Ainsi le rachat de Destination Découverte et de sa marque Telligo nous a permis d’élargir notre portefeuille de séjours accessibles à un plus grand nombre d’enfants. En 2017, lorsqu’on a repris le tour opérateur La Balaguère, cela faisait un moment que Vincent Fonvieille, son fondateur, cherchait une structure qui partage les mêmes valeurs. Le mariage avec l’UCPA était naturel et nous permettait de mettre nos moyens aux services d’une clientèle adulte. Comme je dirigeais l’unité « Voyages », qui concentre tous les voyages itinérants et multisports en France comme à l’étranger, j’ai naturellement pris les rênes de la Balaguère.»

  • Comment voyez-vous le tourisme évoluer ?

«L’avènement du tourisme d’aventure a été un tournant important, car il a révélé de nouvelles envies de parcourir le monde. C’est ce que j’ai vu le plus favorablement évoluer. La notion de camembert est moins vraie aujourd’hui. Les circuits genre tour-bus durant lesquels on regardait le monde à travers les vitres sont de moins en moins recherchés. 

Aujourd’hui, se pose la question du tourisme durable. Lorsque l’UCPA a repris La Balaguère, qui était très engagée avec l’ association ATR (Agir pour un Tourisme Responsable), on a eu de longs débat sur l’empreinte carbone et bien sûr la question de l’aviation. Mais ette honte de prendre l’avion, je n’y crois absolument pas comme un mouvement de fond, les perspectives de l’aérien ne cessent de grimper. Personnellement, je n’ai pas envie de culpabiliser les voyageurs car voyager c’est non seulement s’ouvrir à une autre culture mais également participer à une économie locale. Le tourisme doit être fait pour cela. Notre rôle, et particulièrement à l’UCPA, est d’apprendre à nos clients à voyager intelligemment avec une ouverture vers les autres, comme on le fait avec notre circuit en Guinée, où les touristes randonnent de villages en villages.»

  • Après des années à voyager, que peut-on encore chercher ailleurs ?
«J’ai beaucoup voyagé pour moi et pour le boulot. Ce qui continue de me motiver, ce sont les gens et les rencontres. L’un de mes souvenirs les plus forts reste ma rencontre, en Équateur, avec des Indiens Quechua qui vivaient dans la forêt amazonienne. Cette communauté semblait ne rien posséder et en même temps, je me suis demandée s’ils n’étaient pas plus heureux que moi. Je crois que je les enviais. Le partage avec l’autre reste ma plus grande motivation. Si j’étais étrangère, je préférerais rater la Tour Eiffel qu’une discussion avec un Parisien. Dans les projets à venir, maintenant que mes deux filles sont suffisamment grandes (9 et 12 ans), j’ai très envie de partir en safari avec elles. Je ne l’ai moi-même jamais fait et ce sera une chose super de partager cette découverte en famille.»

L’UCPA, l’Union nationale des Centres sportifs de Plein Air a été créée en 1965 par Maurice Herzog. Cette association loi 1901 a pour mission de promouvoir les activités sportives de plein air auprès d’un jeune public. Elle propose plus de 80 activités sportives en France et dans le monde. Aujourd’hui elle dispose également d’activités et de séjours pour adultes, via, entre autres, l’acquisition du voyagiste La Balaguère. Chaque année, elle accueille plus de 14 000 voyageurs, dans 75 destinations à travers le monde. L’UCPA a aussi pour fonction l’ingénierie et la réalisation d’espaces sportifs au service des collectivités et la formation de professionnels dans les métiers du sport et de l’animation.

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